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Author: liz.wolteralac.lu
Auteur
Pablo Chimienti

De Läb at Echterlive © Pierre Weber

Fondé en 2012, De Läbbel a accompagné, à son niveau, la scène hip-hop nationale depuis l’amateurisme le plus total jusqu’à un début de professionnalisation. Rencontre avec son président et fondateur, David Galassi.

Dans la plupart des pays occidentaux, le rap truste le top des charts depuis de nombreuses années. Au Luxembourg, le genre semble s’être imposé parmi les plus jeunes, sans pourtant se placer tout à fait dans le mainstream, du moins pas encore. C’est que l’évolution prend du temps et, s’il y a bien eu quelques soubresauts dans les années 90, le rap grand-ducal n’a commencé à faire parler de lui qu’à partir de la seconde moitié des années 2000.

Tête de gondole de cette nouvelle scène hip hop : De Läb, le groupe de Corbi et David « Fluit » Galassi. Né en 2007, avec son rap conscient en luxembourgeois, De Läb a imposé son style au niveau national, vendu quelques 2.000 exemplaires de leurs albums et joué plus de 200 concerts aux quatre coins du pays. De quoi ouvrir la voie à une nouvelle génération de rappeurs dans un pays jusque-là plutôt fan de metal.

Headmasta © Philippe Demart 

C’est ainsi que, cinq ans après le premier concert de De Läb, David Galassi, Mike Zweyer, l’ancien batteur de De Läb, et Christophe Birgen, qui produisait des instrumentaux pour le groupe, décident de monter De Läbbel, un label luxembourgeois entièrement dédié aux musiques urbaines. Un label, oui, mais pas tout à fait comme on entend ce mot à l’étranger. De Läbbel est bien plus près d’une association que d’une véritable maison de disques. « On était un collectif qui voulait faire bouger les choses » se rappelle David Galassi, qui préside toujours la structure. « Comme on tournait beaucoup et que ça fonctionnait bien avec De Läb, on s’est dit, allez, on crée un label et on soutient les jeunes artistes en partageant avec eux notre knowledge ! ».

Un coup de main à leurs artistes, mais aussi aux autres

Du coup, au départ, De Läbbel ne s’occupe pas officiellement de produire, d'éditer ou de distribuer les enregistrements d’artistes sous contrat. La structure propose son aide aux artistes, les accompagne dans différentes étapes, les aide à trouver des financements, à organiser la sortie de leur album, à trouver une salle pour la release-party, puis à les faire tourner avec leurs albums. Les artistes de leur « catalogue », mais aussi plein d’autres. Seule comptait l’envie de bien faire, le sérieux du projet et une certaine « esthétique » maison faite de « rap conscient, proposant un véritable message » et, au niveau instrumental, « des choses un peu à l’ancienne, avec du sampling, des boîtes à rythme, etc. ».

Nicool © Sam Flammang 

Depuis sa création en 2013, De Läbbel a ainsi travaillé avec une trentaine d’artistes, qui ont sorti 14 albums ou EP ainsi que plusieurs singles. Elle a organisé des concerts en son nom propre, des festivals, des programmations estampillées « De Läbbel » lors de diverses manifestations, mais aussi œuvré au booking de quelques 300 concerts pour ses protégés rien qu’entre 2018 et 2020: De Läb bien sûr, Corbi pour ses projets en solo, mais aussi Maz, Maka MC, Nicool, Ananda Grows

Le bénévolat des débuts laisse peu à peu place à une organisation plus professionnelle. « Aujourd’hui on a vraiment une équipe structurée, avec un ingé son, un service marketing, des spécialistes du développement artistique, des responsables évènementiel… » souligne David Galassi. De quoi occuper désormais un noyau dur de cinq personnes, auxquelles s’ajoutent une dizaine d’autres collaborateurs qui travaillent de manière plus sporadique. « Pour l’instant, on est toujours  dans quelque chose proche du bénévolat », reprend le responsable, « mais, depuis 2018, on travaille à professionnaliser la structure, doucement mais sûrement ».  

Une scène rap en nette progression

Pas encore de quoi parler de « business » cependant. Le marché local évolue dans la bonne direction mais ne semble pas encore mûr, note Galassi, avec un public qui regarde encore trop souvent la scène nationale un peu de haut et des « hobby-musiciens » ayant un travail alimentaire et qui peuvent se permettre de brader les prix pour obtenir des dates de concerts. « Ils n’ont pas besoin de cet argent pour vivre. Du coup, quand après, des artistes qui veulent vivre de leur musique demandent un véritable cachet, les promoteurs sont surpris et souvent ne sont pas d’accord pour payer le vrai prix pour un concert » explique-t-il.

Maka MC © Pierre Weber

Pourtant, d’après lui, « la qualité de la scène a vachement augmenté ces dernières années », en faisant référence à des représentants de la nouvelle génération tels que Maz ou Chaild.

Une qualité qui est plus que jamais le mot d’ordre de tout nouveau projet soutenu par De Läbbel. Le mois dernier, la plate-forme a sorti le nouveau single de Godié avec le beatmaker strasbourgeois GooMar ainsi que le premier album BIC UP de V.I.C., l’ancien chanteur du groupe Los Duenos. Et malgré l’absence de festivals et de concerts, les projets ne manquent pas pour le reste de l’année 2021 : avec l’arrivée prévue de plusieurs albums de beatmakers de l’équipe : Headmasta, DJ PC, Corbi, 8Cee ou encore Krzystof, mais aussi l’EP de BC One & APE. De quoi rester bien actifs pendant cette période COVID !