NOC.TURN - Projet culturel, social et solidaire

NOC.TURN - Projet culturel, social et solidaire

26 aoû. 2021
Auteur: Godefroy Gordet

Brièvement, noc.turn est un collectif artistique, basé à Esch-sur-Alzette, fondé en 2017 par cinq jeunes eschois et intégré depuis mars, sous forme d’une résidence à durée indéterminée, à la Konschthal, ce nouvel espace d’art dont on n’arrête plus de parler… Noc.turn pour « Nobody Owns Culture », traduit par son trio de tête qui nous accueille dans le grenier de l’ancien Espace Lavandier – la Konschthal –, par : « la culture n’appartient à personne ». Alors, si les Sotheby's, Drouot, ou autres Christie's ne seront pas trop d’accord, l’idée est pleine de bons sentiments. Et, à la manière dont Soushyanes, Charly et Jewels nous parlent de leur projet, en gage d’une infinie passion, plus que d’un sale business. Et même s’il faut bien « bequeter » dans la vie, le modèle du collectif noc.turn repose corps et âme sur une forme d’économie « sociale et solidaire », difficilement rentable, mais précisément l’habit que revêtent les – vrais – amoureux des arts.

Nuit de la culture © noc.turn

Nuit de la culture © noc.turn

Noc.turn c’est quoi, c’est qui ?

Constitué en 2017 dans le domaine de l’événementiel, le collectif noc.turn est aujourd’hui composé d’une dizaine de personnes qui y travaille activement. Celui-ci s’est créé à l’origine autour de cinq personnes. Durant leur cursus universitaire, les membres fondateurs du collectif ont fondé une organisation étudiante dénommée CCSA, afin de mettre en application la philosophie du collectif. 

Par la suite, nous avons eu une période de recherche d’emploi, chacun de notre côté. Nous avons vite compris que nous voulions mettre nos forces dans ce projet nourri depuis plusieurs années. Dès lors, nous avons provoqué le désir de se mettre à plein temps pour faire évoluter noc.turn, afin d’établir quelque chose de viable. L’année dernière, nous avons rencontré Christian Mosar qui nous a donné l’opportunité de nous développer au sein de la Konschthal, surgissant alors l’impulsion de travailler avec d’autres structures de la ville d’Esch ainsi que pour Esch2022. Cette collaboration avec la Konschthal Esch s’inscrit dans une logique d’implantation dans le quartier du Brill, afin d’accompagner celle-ci dans le volet communication, technique, évènementiel et accueil du public. Une partie de l’activité de l’association est donc dédiée à la communication digitale.

Fabrik Electronik Mini Festival, organisé par noc.turn en collaboration avec Tiptil asbl, Lauter Unfung, CCSA et Kulturfabrik  © noc.turn

Fabrik Electronik Mini Festival, organisé par noc.turn en collaboration avec Tiptil asbl, Lauter Unfung, CCSA et Kulturfabrik © noc.turn

En parallèle, le collectif propose des installations artistiques, visuelles ou audiovisuelles. Noc.turn fait œuvre de créations collectives, en mettant en collaboration plusieurs artistes ou différentes personnes qui ne sont pas forcément artistes de base, mais qui s’y intéressent. Au final, noc.turn permet aux jeunes amateurs et passionnés de s’impliquer dans le tissu culturel, tout en bénéficiant de la solidarité organique du mouvement culturel présent au sud du Luxembourg.

À l’origine, vous avez été formés dans l’art, ou dans un domaine des professions culturelles, ou pas du tout ?

Nous avons chacun eu nos propres parcours –marketing, sport, philo… – mais nous étions    tous intéressés par l’art avec une pratique artistique plus ou moins prononcée. Noc.turn nous permet de mettre en pratique ce que nous aimons faire au fond de nous. Dans ce sens, oui, nous sommes tous artistes.

Dans le contexte de la capitale européenne de la culture, nous nous sommes rendus compte que les étudiants s’intéressaient davantage aux activités culturelles. Par ailleurs, l’université étant assez jeune et ne pouvant pas déployer ce genre d’activité, nous avons donc essayé de les développer par nous-mêmes.  Devant l’effervescence collective, nous nous sommes sentis rassurés et confortés dans notre décision de pousser plus loin encore ce projet. Finalement, lorsque noc.turn s’est établie à la Konschthal, nous avons eu la sensation que tous nos efforts étaient récompensés.  Aujourd’hui, nous entrevoyons une certaine stabilité pour noc.turn, notamment un confort de travail qui nous permet de rêver plus grand et d’aller plus en profondeur dans notre action culturelle, sociale et locale.

Schaufenster 1, première collaboration avec la Konschthal Esch avec une installation audiovisuelle immersive © noc.turn

Schaufenster 1, première collaboration avec la Konschthal Esch avec une installation audiovisuelle immersive © noc.turn

En quatre ans à peine, votre collectif noc.turn est devenu une véritable structure d’accompagnement d’artistes (tous domaines confondus), de coordination de projets culturels, mais aussi de production et de réalisation de projets artistiques. Pouvez-vous nous décrire vos missions et les enjeux associés à celles-ci ?

Depuis cette année, en plus de l’événementiel, nous nous sommes développés également sur l’accompagnement artistique. Nous promouvons les artistes et les aidons dans leurs démarches de professionnalisation. Ainsi, nous leur proposons de participer à certains projets et les guidons. Mais si nous cherchons à accompagner les artistes, nous souhaitons aussi accompagner les jeunes passionnés par les métiers du secteur créatif, en leur permettant de trouver une première expérience dans ce domaine et pourquoi pas leur permettre de se professionnaliser. C’est une vraie volonté au sein du collectif que de vouloir donner une opportunité aux jeunes qui ont un parcours professionnel souvent formaté.

Nous sommes persuadés que la culture peut permettre aux jeunes de s’enrichir tant au niveau immatériel que matériel, tant au niveau individuel qu’au niveau collectif, surtout dans une localité multiculturelle comme Esch-sur-Alzette. Noc.turn est un projet culturel qui porte un fort aspect social. Nous faisons en sorte de mettre en place un modèle d’économie sociale et solidaire, qui profite à la fois aux artistes et aux jeunes qui ont besoin de premières expériences professionnelles.

Rave The Cube 1, première soirée axé autour de la culture électronique underground organisé dans la Maison des Art et des étudiants à Be © noc.turn

Rave The Cube 1, première soirée axé autour de la culture électronique underground organisé dans la Maison des Art et des étudiants à Be © noc.turn

Comment s’est développée cette vision de l’action culturelle et votre modèle de travail en collectif ?

À l’origine, nous exerçons dans le domaine de l’événementiel, en organisant des festivals, des concerts, des performances transdisciplinaires… Ces expériences nous ont appris que les formes d’arts sont tellement vastes, dès lors que l’on cherche à les développer en dehors du circuit du divertissement. Nous voulions aller au-delà de ce qu’on appelle le « divertissement culturel », avec l’intention de faire passer un message et de fédérer un certain nombre de citoyens, amateurs ou non, artistes émergents ou confirmés autour de nos projets. Grâce à cette démarche, des créations collectives naissent.

Nous sommes certains qu’avec le pouvoir de ce processus collectif, nous sommes capables de faire bouger et évoluer le modèle traditionnel de travail et de l’action culturelle. Nous nous considérons comme une structure professionnelle atypique, dans le sens où nous ne sommes pas conventionnés, nous n’avons pas d’emplois fixes, mais par débrouillardise et solidarité, nous avons atteint une réalité professionnelle, par le biais d’approches intéressantes.

 © noc.turn

© noc.turn

Quelles sont les grandes valeurs que déploie Noc.turn ?

Noc.turn signifie « nobody owns culture », traduit en français par « la culture n’appartient à personne », une maxime à laquelle nous sommes très attachés. L’idée du « nobody » dans le monde de l’art fait sens pour nous. Noc.turn rassemble des personnes s’inspirant mutuellement et exprimant en collectivité des réalisations émanant de pensées intimes et d’imaginaires intérieurs. Ainsi, une nouvelle forme d’identité gravite autour de ce « nobody » qui amène le processus et la création collective. Il y a toujours ce dilemme autour de celui qui signe l’œuvre. Chez noc.turn, nous ne nous préoccupons pas de cela. Chaque projet comporte le souffle de chaque personne qui y a participé. Ce « tout » fusionne et rend une œuvre unique.

Un peu à la marge, vous faites le cheminement inverse de la plupart des artistes qui conçoivent leurs projets, en partant de la production pour créer ensuite…

Cette approche insolite nous permet justement de trouver un cadre de travail. Dans ce sens, nous bénéficions d’une sorte d’écosystème qui englobe n’importe quel souhait artistique. Bien sûr, nous ne pouvons pas être constamment sur la même longueur d’onde collectivement. L’idée est donc d’apporter sa contribution au moment où l’on se sent à-même de l’exprimer. Nous nous assurons toujours d’avoir ce cadre de travail bénéfique qui nous permet de laisser place à la créativité. Nous nous montrons différents, sans affirmer « que nous le faisons mieux », c’est « notre bonne manière de faire ».

Nuit de la culture © noc.turn

Nuit de la culture © noc.turn

Vous êtes intervenus sur les trois vernissages de la série d’expositions « Schaufenster » de la Konschthal. Quelle vision déployez-vous pour ces événements d’importance à l’ouverture d’une exposition ?

L’enjeu est de taille car il s’agit de toucher le public, lui donner un avant-goût de ce qui se prépare à la Konschthal. L’idée est de faire à chaque fois quelque chose d’unique, et qu’à chaque nouvel événement, les gens redécouvrent notre travail et la Konschthal. Nous n’avons pas de recette miracle et nous n’en voulons pas. Nous nous nourrissons des expériences et de nos ressentis face au travail que développent les différents artistes invités. Par exemple, le travail d’Éric Schumacher et Xavier Mary sur la Schaufenster 2 et l’évolution de leurs créations personnelles et artistiques nous ont inspiré lors du processus de création de notre œuvre audiovisuelle. Finalement, nous cherchons à tisser des liens avec l’histoire du lieu, les œuvres exposées et la ligne artistique.