"Je me questionne beaucoup sur mon identité et ma place dans le monde."

"Je me questionne beaucoup sur mon identité et ma place dans le monde."

11 mai. 2021
Auteur: Pablo Chimienti

Georges Goerens, alias Bartleby Delicate, est de retour dans les bacs ces jours-ci avec le cinquième EP de son projet solo : Deadly Sadly Whatever. Six morceaux électro-acoustiques à la fois profonds et paisibles. Rencontre avec le singer-songwriter.

Deadly Sadly Whatever sort vendredi 14 mai. Pourquoi ce pessimisme dans le titre?

Georges Goerens : Je ne trouve pas ce titre pessimiste. C’est clair qu’on est en train de vivre un moment particulier dans l’histoire humaine ; un moment « deadly sadly », mais le « whatever » final remet ça en question avec une pointe d’humour. Le titre ne fait pas directement référence au Covid, c’était en fait un titre de travail d’une des chansons de l’EP. Après, en regardant les thèmes que je traite dans l’EP, je me suis dit, même si on vit actuellement dans un monde de merde, il ne faut pas laisser tomber. Pour moi ce « whatever » c’est pour dire que je vais me relever de tout ça, je vais continuer à vivre et chercher un sens à un monde qui peut sembler insensé. Ce « whatever » est finalement le message principal de l’EP.

Vos chansons sont toujours intimistes, elles mettent en musique vos sensations, vos sentiments…

GG : Oui, je me questionne toujours beaucoup sur mon identité et ma place dans le monde. La question que je me pose sans cesse c’est : comment vivre avec le privilège d’être un homme hétérosexuel luxembourgeois, né dans un des pays les plus riches au monde ? Je suis, quelque part, le stéréotype de l’être dominant dans le monde, et sans se morfondre sous tous ces privilèges, je me demande comment utiliser ça pour donner une voix à d’autres personnes. Et surtout comment ne pas être un connard ! Je pense que rien que ça, c’est déjà pas mal. Je me remets aussi en cause en tant que musicien. Dans Winter’s Dark et Plastic Flowers, je me demande d’un côté comment ne pas devenir dépressif en étant conscient de tous ces privilèges et, de l’autre côté, comment dire quelque chose sans pour autant prendre la place de quelqu’un d’autre. Je voulais canaliser tout ça avec une musique très « peaceful ». Dans mes singles précédents j’étais tellement fâché et agressif que je criais beaucoup ; pour cet EP j’ai compris que ce n’est pas ce dont le moment a besoin, il faut plutôt quelque chose qui redonne de l’énergie, de l’espoir. Je veux que ma musique soit belle et permette aux gens de se sentir bien pour qu’ils puissent faire une introspection et repartir ensuite chargés de bonne énergie.

Bartleby Delicate

Bartleby Delicate © Nicole Olenskaia

 « Je cherche le paradoxe »

Ces textes profonds, portant une certaine inquiétude, d’un côté et ces mélodies très calmes, n’est-ce pas paradoxal ?

GG : Je cherche le paradoxe. Et c’est encore plus flagrant sur scène où je fais des blagues entre mes chansons. Je ne veux pas me prendre trop au sérieux, même si je joue parfois à la diva quand je chante, avec des cris et des pleurs, je veux surtout que le public passe un bon moment et ressorte de mes concerts avec un peu plus d’espoir dans l’humanité. Je ne veux pas que les gens finissent déprimés. Ce n’est pas ce que je veux faire avec ma musique.

Justement que voulez-vous faire avec votre musique ?

GG : De la poésie en musique. Parfois j’écris les textes sans avoir de mélodie en tête. Et puis, j’aime mettre des sens cachés dans mes textes. En fait, toutes mes chansons ont un côté politique ou sociétal. Sleeping Song, par exemple, est parti d’un ami qui a eu un enfant. Si on l’écoute sans y prêter attention, c’est une petite chanson faite pour que les petits s’endorment, mais si on écoute bien, avec cette répétition de la phrase : « You said there’s no need to be strong », c’est un message pour dire aux enfants qu’ils ont le droit de développer leur propre personnalité et qu’on va les aimer quoi qu’il arrive. Un enfant n’a pas besoin d’être fort parque c’est un garçon ou de rentrer dans n’importe quel autre stéréotype.

« Je veux déconstruire les stéréotypes »

C’est pour cela que dans les visuels qui accompagnent l’EP, vous êtes toujours entouré de fleurs ?

GG : Absolument. Mes visuels sont comme mes textes, je veux déconstruire les stéréotypes. Je veux prendre position, en tant qu’homme hétérosexuel, sur les stéréotypes de genre. Donc, oui, je suis un homme entouré de fleurs.

Des visuels et un positionnement qui vont aussi bien avec votre voix, fluette et fragile, qui est loin du stéréotype de la voix masculine forte et grave…

GG : Exactement. Je pense que c’est aussi un truc qui m’a construit artistiquement. Une de mes forces c’est de montrer ma vulnérabilité. Je pense que c’est quelque chose qui touche les gens qui viennent à mes concerts, ma voix, ma façon de chanter et mon côté sans filtre.

Bartleby Delicate

Bartleby Delicate © Nicole Olenskaia

« Un pop-up store avec de petits happenings »

Vous êtes également chanteur, guitariste et compositeur du groupe Seed To Tree. Comment faites-vous la part des choses entre compositions pour le band et compositions pour Bartleby Delicate ?

GG : Pour Seed to Tree le processus d’écriture a beaucoup changé avec les années. Au début c’était effectivement surtout moi qui écrivais les chansons, mais maintenant on a un processus d’équipe et on écrit à quatre. Le tri entre Seed To Tree et Bartleby se fait donc désormais tout seul.

Qu’avez-vous prévu pour sa release de Deadly Sadly Whatever?

GG : L’EP sera disponible vendredi 14 et samedi, je vais faire un pop-up store pour vendre les vynil et les CD au Am Gronn, avec de petits happenings à 11h30, 14h et 17 h. Puis, j’attends pour faire une vraie release-party, car je veux que le public puisse aussi boire un coup pendant le concert. En attendant, je vais être sur scène le 5 juin à la KuFa avec le batteur Niels Engel. On a fait une résidence artistique de trois semaines, on va donc présenter les chansons nées de cette résidence, mais aussi des chansons de Niels et des morceaux de Bartleby.

www.bartlebydelicate.live