Konschthal Esch - Vivier artistique

Konschthal Esch - Vivier artistique

30 juin. 2021
Auteur: Godefroy Gordet

Figure du monde artistique luxembourgeois, Christian Mosar s’occupe de la direction de la Konschthal Esch, suite à son départ de Esch2022 en mai de l’année dernière. « Conçue comme une plateforme de productions et d’expositions pour les arts visuels contemporains », la Konschthal a pré-ouvert il y a quasi un an dans une situation bien tendue. Entretemps, le lieu a repris du poil de la bête après une longue phase de travaux en vue de sa revitalisation. Ces travaux touchant à leur fin, Christian Mosar, en contremaître optimiste, affirme « nous allons ouvrir ! ».

Dans l’attente de l’ouverture officielle début octobre, c’est dans le feu du montage de la troisième Schaufenster (vitrine) que son directeur nous guide dans les entrailles d’une Konschthal qu’il voit à l’image des grands musées d’art contemporain du monde, n’hésitant pas à citer le Palais de Tokyo en exemple. Visite d’un espace qui se construit pas à pas, entre le béton brut et les poutres de métal apparentes, comme un phare dans le paysage artistique contemporain du pays.

Konschthal Esch

© Godefroy Gordet

Ancien Espace Lavandier, feu le magasin de meubles du boulevard Prince Henri à Esch/Alzette, la Konschthal a pris possession des lieux à l’automne 2020, pour se constituer en une institution dédiée aux arts visuels contemporains. Après défrichage, ou furieux rafraichissement par le vide, de ce qu’on a pu voir, Christian Mosar ambitionne réussite et prospérité pour ce lieu d’art qu’il décrit encore comme « en transformation ». D’une impatience palpable, Mosar a déjà scellé une programmation qu’il garde secrète pour l’heure. Un programme d’expositions d’artistes internationaux qui se déclinera dès octobre 2021, avec en parallèle des forces des lieux d’expositions du genre : ateliers pédagogiques, programme de médiation culturelle, dépôt pour stocker des œuvres – notamment pour le Musée National de la Résistance –, librairie, foyer d’accueil avec son bar… La Konschthal semble vouloir s’imposer comme un vivier artistique novateur et inspirant, au cœur d’Esch-sur-Alzette.

Fini les Schaufenster

En attendant la fin du chantier, en juillet prochain s’ouvre la Schaufenster 3. Dernier volet d’un cycle d’expositions ouvert le 3 octobre 2020 avec la première du nom, lorsque la Konschthal a ouvert ses portes au public pour la première fois. À l’époque c’étaient Alfredo Barsuglia, Martine Feipel & Jean Bechameil, et Ryvage qui ouvraient le bal, symbole d’une réflexion de commissariat d’exposition pluridisciplinaire entre vidéo, sculpture, installation, et l’envie de soutenir en force les artistes du cru grand-ducal.

Le 3 juillet prochain donc, et jusqu’au 29 août, s’ouvre la « vitrine numéro trois », traduction sommaire pour un événement estival incontournable au Luxembourg cet été. Une exposition qui occupera la devanture et la vitrine mais également « le vis-à-vis » (dixit Mosar), une partie du viaduc de la CFL qui se trouve juste en face du lieu d’exposition.

Konschthal Esch

© Godefroy Gordet

Pour la clôture de cette longue préouverture – devrait-on dire préfiguration ? – la Konschthal a invité la vidéaste Caecilia Tripp, le photographe Armand Quetsch, et le photographe et reporter Philippe Roguet – qui travaille notamment à documenter le site industriel « Lentille Terres-Rouges » à Esch-sur-Alzette –, à s’installer aux abords du centre d’art eschois. Dans le cadre du Mois européen de la photographie (EMOP), les artistes exposés répondent chacun à leur manière au thème de cette édition de l’EMOP : « Rethinking Nature / Rethinking Landscape ».

Team building

« Pour l’instant on est vraiment dans l’aspect chantier », et si Christian Mosar ne l’avait pas souligné, nous l’aurons déduit par nous-mêmes. Pourtant, l’équipe est déjà presque au complet et, pour certains, à pied d’œuvre, comme le jeune collectif noc.turn, déjà logé dans l’immense grenier de la Konschthal. Actif depuis les débuts de la préprogrammation, noc.turn est dans les Starting Block pour la tenue du prochain vernissage, mais surtout pour la grande fête d’ouverture du musée qui aura lieu dans trois mois à peine.

Sur les autres bureaux, qu’on voit vides pour l’instant – nous sommes à la mi-juin –, viendront s’installer Charlotte Masse, délogée du Mudam – en assistante curatrice –, Jérémie Engler, débauché du Théâtre National de Strasbourg – en tant que responsable des publics et de la médiation –, Saskia Raux extirpée au Cercle Cité – pour la communication –, l’artiste Éric Schumacher au long passé dans la production d’expositions – embauché en freelance pour la direction technique – et Charles Wennig détaché du Ministère de l’Éducation nationale pour constituer le programme cadre des expositions. « Un ensemble de personnes qui commencent à être des réguliers du lieu et qui vont s’y fixer » conclut le directeur.

Konschthal Esch

© Godefroy Gordet

« Début octobre nous allons ouvrir officiellement la Konschthal avec une exposition monographique d’un artiste allemand très célèbre et une exposition de deux artistes luxembourgeois » dont Mosar gardera les noms secrets, malgré notre curiosité. Depuis le début, le thème général est la « transformation », une thématique qui va encore une fois être visible pendant cette exposition d’ouverture mais également dans l’environnement global.

Exit le white cube, la Konschthal a été mise à nue, le bâtiment déshabillé de son accoutrement d’avant. L’idée est de rentrer dans la conformité des réglementations que connaissent les établissements recevant du public et surtout, de donner au lieu une nouvelle identité. « Nous avons voulu donner une certaine sobriété au bâtiment, un certain minimalisme qui mettra en valeur les pièces exposées » confirme Mosar.

Dans ce lieu aux dominantes grises, insufflées du béton brut, des œuvres qualifiées de « spectaculaires » prendront place, profitant de « la retenue de l’intérieur du bâtiment ». Une transformation des espaces inspirée volontairement de ceux dont profite le Palais de Tokyo à Paris, oubliant la traditionnelle boîte blanche, pour trouver une atmosphère moins neutre, et pour sûr une impression complètement différente de ce qu’on peut trouver dans la région.

Konschthal Esch

© Godefroy Gordet

Occupée avec le démontage de la Schaufenster 2 et notamment l’exposition à succès de Xavier Mary, cumulé aux travaux restants à faire, la Konschthal peut se targuer d’avoir tenu deux expositions réussies, la Schaufenster 2 ayant fait office de « test ». D’après Mosar, qui se réjouit de sa réussite aux niveaux public, technique et critique, « ça a été pour nous, en interne, une façon de faire nos preuves. Savoir si on était capable de monter de grandes expositions. Et il s’est avéré que oui ». Un résultat rassurant face à tout ce qui va suivre, dans ce lieu qui a placé la barre haute.

À la fin des travaux, la Konschthal va devenir un véritable vivier artistique, supplémentaire et complémentaire à ceux existants à travers le pays. Un Bookshop y trouvera place également avec un stock de livres pour l’instant entreposé dans les caves, et qui a été composé en collaboration avec « un éditeur connu à l’international », annonce Mosar, à nouveau gardant le secret. Autre élément que le directeur tient à valoriser, la création d’un bar et d’un espace d’accueil dessinés et pensés par la scénographe Marie Theis. L’artiste luxembourgeoise basée à Berlin viendra poser une création originale, tournée vers un design très radical, pour une pièce unique et « assez invraisemblable ».

Ambitions

Les aspirations sont ainsi clairement données : « La Konschthal sera un lieu ancré dans le présent (…) en cherchant des pointes orientées vers le futur » explique Christian Mosar. Et si, pour décrire sa nouvelle maison, Mosar utilise des termes comme « avant-garde » ou « minimal », on gage que dans le fond comme dans la forme, « se reflète l’actualité de notre monde, de la société d’aujourd’hui », comme il le souligne avec ferveur.

Ce qu’on aura retenu, c’est ce désir de transformer voire créer un espace libre, ouvert, gratuit, où l’accueil sera chaleureux avec la main tendue vers « les gens qui n’ont pas l’habitude d’entrer dans des salles d’art contemporain ». Voilà un des enjeux majeurs de l’art muséal de notre ère.