Le fabuleux destin de The X

07 nov. 2023
Le fabuleux destin de The X

Article en Français
Auteur: Pablo Chimienti

C’est dans une sorte de speakeasy version grand-ducale que The X nous donne rendez-vous. Un bar interlope et donc discret, mais ouvert et accueillant une fois qu’on a montré patte blanche pour parler de son premier EP, Some beautiful things come from dark places. Un lieu très en phase avec ce qu’est The X, un groupe de musique, certes, mais créateurs d’univers hors du commun. Rencontre avec Yacko et Sarah autour d’un verre.

The X semble aimer une certaine dichotomie ; d’un côté, on a entendu pas mal parler de vous pendant l’été, de votre EP, de votre concert aux Francofolies d’Esch-sur-Alzette ; de l’autre côté, on a l’impression qu’il faut vous chercher pour vous trouver, que ce soit dans votre studio, sur les réseaux... Comme si c'était quelque chose pour happy few et connaisseurs. C’est ça, le facteur the X, être présent quand il faut, puis disparaître ?

Yacko : Oui, je pense. On n’a pas envie de faire partie d’un monde où tout le monde est présent partout, tout le temps, et surtout sur les réseaux. On vient tous les deux de la scène musicale, les gens qui s’intéressent à la musique luxembourgeoise nous connaissent déjà. Ça fait quasi 18 ans que je fais de la zik, Sarah, ça commence aussi à faire pas mal de temps, et dans un autre réseau. On s'est toujours dit, ceux qui veulent savoir vont finir par savoir.

Sarah : Je crois que si les gens s'intéressent, ils vont chercher ; s'ils ne trouvent pas tout de suite, ils vont encore plus chercher. C'est donc bon de garder un peu de mystère. Comme ça, t’es sûr d’avoir un public qui apprécie vraiment ce que tu fais et qui a vraiment envie de t'écouter, de venir te voir et donc de te soutenir.

Yacko : Les musiciens sont devenus trop accessibles, ils donnent trop d’infos sur eux, sur leur musique. Désormais, on sait où il habite, ce qu'il bouffe et même le nom de son chien ! Ce qu'on veut, c'est que les gens s'intéressent à notre musique.

Votre collaboration artistique a commencé avec Silk & Sonic, cover band pop-rock acoustique, puis, en 2020, pendant la pandémie, The X est né…

Sarah : Oui et non. Les deux groupes se sont créés en même temps, mais pour The X, on a d'abord dû écrire et produire, avant de faire connaître le projet au public. Silk & Sonic a été plus rapide. Ça a été très important pour nous parce que ça nous a permis de beaucoup jouer ensemble et de trouver cette atmosphère commune.

Yacko : Tout a commencé, pendant la pandémie, dans un bar clandestin. On s'est rencontré là-bas, on a discuté, etc. Je fais de la zik punk, rock et métal, mais j'avais déjà pas mal de compos qui ressemblaient à ce qu'est The X maintenant. Je n'osais pas les sortir jusque-là, j'ai donc envoyé un truc à Sarah en lui disant, « T'as pas envie de poser ta voix dessus, juste pour voir ce que ça donnerait ? » Elle m'a envoyé des prises qu'elle a faites en retour et c'était juste trop bien. On a donc décidé de tenter le coup ensemble.

Pourquoi vous n'osiez pas les sortir ?

Yacko : Quand on traine dans un milieu métal, punk, rock… faire tout à coup de l'électro-pop, je pensais que ce serait mal vu. Mais c'était une peur complétement irrationnelle en fait. La scène musicale est beaucoup plus ouverte que ce qu’elle a pu être par le passé, les styles se mélangent plus facilement ; mais j’avais gardé cette peur en moi. Heureusement qu'on s'est trouvé avec Sarah et qu'on est allé de l'avant.

Some beautiful things come from dark places, votre premier EP est sorti au mois de juin, en toute discrétion. Et c'est à travers la scène, celle des Francofolies surtout, qu'on a commencé à parler de vous. Peut-on vous définir comme un groupe de scène ?

Yacko : Oui, mais pas seulement. Le projet est encore en train de grandir, de changer. En fait, pour nous, The X, ce n'est pas juste de la musique, c'est tout un univers. Ça commence à se voir et je pense que ça va aller encore plus dans cette direction-là. Mais c’est vrai qu'on adore la scène, on adore l'échange d'énergie qu'on peut avoir avec le public quand on est sur scène.

Sarah : On ne pourrait pas ne pas faire de scène, être juste un groupe de studio qui fait de la musique et la sort sans faire de concerts. C'est la scène, le plus excitant.

x

Yacko : Il y a trop d’artistes qui sortent régulièrement de la zik mais qui n'ont jamais fait de live. Ça n'est pas notre truc. La scène est tout un parcours de vie. Nous, on a joué dans des bars de merde pendant des années, on a aussi joué dans de grands festivals ; et c'est important qu'il en soit ainsi. Pour nous, la scène est la maison en fait. Ce qui n'empêche pas qu'on aime aussi disparaître, se cacher et passer des nuits blanches à écrire des morceaux.

Sarah : En fait, on pourrait dire qu'on est un groupe de scène en été et un groupe qui se cache dans sa tanière le reste de l'année. Les scènes, pendant l’été, nous remplissent d'énergie, ce qui nous permet de passer l’hiver à écrire et produire de nouvelles chansons.

x

Vous préférez d'ailleurs le terme performance musicale, à celui de concert…

Yacko : Oui, c'était un peu moins le cas pour les concerts qu'on a joués cet été, mais oui, il y a de la musique, mais aussi un jeu de scène, un décors particulier, des tenues de scène particulières… Tout cela crée tout un univers artistique qui est ultra important pour nous.

Sarah : Si on continue comme ça, on va bientôt avoir besoin d'un grand camion pour transporter toute notre décoration (ils rient).

Yacko : Pour nous, le live est une extension de notre univers, de ce que tu entends, de ce que tu vois dans nos clips vidéo ou encore du microcosme dans lequel on vit. Il est important que l'ensemble soit cohérent et qu'on retrouve sur scène ce qu'on voit dans les vidéos et un peu de notre façon de vivre.

Comment définiriez-vous votre univers ?

Yacko : C’est un peu grunge…

Sarah : … un peu freaky…

Yacko : … mélancolique…

Sarah : … spacy…

Yacko : …intense…

Sarah : … c'est loud…

Yacko : … oui, c’est lourd… et subversif surtout ! Il y a un tas de choses dans notre univers. Et c'est aussi un peu imprévisible, même pour nous. On ne sait pas toujours comment on a fait pour écrire ou composer tel ou tel morceau. Mais c'est plaisant, on se surprend souvent nous-mêmes.

Sarah : Dans The X, il y a un côté The Experience. On veut que le public vive une expérience quand il nous voit.

x

Revenons aux cinq morceaux de l’EP, Drivin’, Long strange dream, Sweet, Stars et All in my head. On est dans de l’électro-pop atmosphérique, psychédélique, qui laisse une grande place aux synthés et à la basse, avec aussi de jolis solos de guitare, mais aussi à la voix, qui n’est pas là, comme parfois dans des projets similaires, juste pour créer des ambiances, mais clairement pour raconter des histoires. Est-ce que vous vous reconnaissez dans cette manière de vous résumer ? Pourquoi oui, pourquoi non ?

Sarah : Oui…

Yacko : … c'est très bien décrit. La voix est le fil conducteur du projet. Il y a des moments où c’est moins mélodique, mais la voix reste le fil conducteur. On peut très bien dégager une émotion juste avec des notes, des mélodies – on en consomme tous de la musique dont on ne comprend pas bien les paroles –, mais pour nous les textes sont très importants.

De quoi parlent vos chansons ?

Yacko : Notre premier EP est très personnel. Les chansons parlent de choses qu'on a vécues, d’observation du monde, de nos émotions… ça parle de la mort, de l’amour, des trucs qui se passent dans le voyage humain, tout ce qui fait partie de notre vie en fait. On a essayé de canaliser toutes ces émotions et d'en faire des morceaux.

Sarah : Oui, et il y a aussi notre histoire en tant que groupe. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées, aussi bien des bonnes que des mauvaises. Cet EP résume tout ça. D’où ce titre : Some beautiful things come from dark places. Je crois que, quand on s'est rencontrés, nous étions tous les deux dans des zones un peu « dark » et nous avons réussi à transformer cela en quelque chose de beau. Cet EP a aussi été une sorte de thérapie.

Comment naissent vos morceaux ?

Yacko : ça dépend. Souvent la musique est là avant et les paroles viennent après, quitte à changer la musique ensuite pour que les deux collent bien ensemble, mais on n'a pas vraiment une procédure fixe.

Sarah : Je dirais même qu'on n'a jamais eu deux fois le même fonctionnement ! Parfois, on s'envoie des idées par internet, un son, une proposition…

Yacko : … et d’autres fois, on s'assoie ensemble et on passe des nuits blanches à écrire. En tout cas, on ne se dit jamais qu'on doit écrire un morceau, comme si c’était une mission ou un travail ; ça vient toujours d’une émotion. C’est comme un trop plein qui doit sortir.

x

L'EP est disponible sur Spotify, existe-t-il en physique ?

Yacko : Non…

Sarah : Il est juste disponible sur les plateformes musicales.

Yacko : Mais on va le sortir en physique, en cassette.

C’est étonnant, la cassette fait très année 80, et a priori, vous n'aimez pas trop qu'on vous enferme dans cette case.

Yacko : Les CD ne servent plus à rien et cinq morceaux, ce n'est pas assez pour un vinyle…

Sarah : …la cassette est un joli gadget. On aime la « merch », on trouve ça esthétique et c'est une manière d'aider les groupes de musique qu'on veut soutenir. Et je trouve ça juste joli d'avoir une cassette.

Vous êtes encore en train de promouvoir votre premier EP qu'un deuxième est déjà en route, c’est ça ?

Yacko : C’est ça. En fait, comme on a sorti l'EP pendant l'été, on s'est dit que ça ne servait à rien de vouloir le promouvoir. On a fait nos concerts, on a joué et on s'est dit qu'on allait faire la promo à l'automne et profiter de ça pour commencer à parler aussi de notre deuxième EP, The World is burning, let's dance, qui devrait sortir en avril prochain. D'autant que, en plus de sortir le nouvel EP sur les plateformes, on va aussi regrouper les deux EP dans un vinyle avec les 10 morceaux.

Et que pouvez-vous nous dire de ce nouvel EP ?

Sarah : En fait, les deux EP sont très différents, comme s’il y avait le noir et le blanc. Ils vont bien ensemble, mais ont deux univers très différents, bien qu’ils se mélangent un peu.

Yacko : Le premier EP est un set-up pour le deuxième, en fait. Le futur EP sera bien plus vénère, avec moins de chants mélodiques, plus de critique sociale ; alors que le premier est plus basé sur des émotions personnelles, là, on va proposer un reflet de ce qui nous entoure. D'ailleurs, non, ce n'est pas une critique, c’est juste une observation du monde d'aujourd'hui. C'est ça la mission d'un artiste selon nous. Après, chacun pourra interpréter le texte comme il le voudra.

Sarah : En plus, le tout sera emballé dans une musique plus dansante.

Yacko : C’est résumé dans le titre en fait : The World is burning, let’s dance. On est dans la merde, dansons, c’est tout ce qui nous reste !

https://wearethex.com