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Author: stephan.schuster
Auteur
Godefroy Gordet

© Jill Bettendorff

Voilà un moment que Jill Bettendorff nage dans le grand bain artistique. Sa jeunesse et le début de sa vingtaine sont initialement marqués par la danse.

Après l’obtention d’un Bac artistique, elle étudie la danse à L’Institut de formation professionnelle Rick Odums à Paris, poursuit un voyage aux Etats-Unis et s’installe à Berlin où elle obtient une License en Art spécialisée en Photographie à la Berliner Technische Kunsthochschule.

Son travail photographique est fortement influencé par le mouvement, la danse, le corps humain, la nature et l’esthétique minimaliste.

Qazim Gashi

© Jill Bettendorff

Si son parcours dans l’art a débuté il y a une bonne dizaine d’années, ses premiers pas se font concrètement il y a six ans, au sortir du Generation Art by RTL dont elle est lauréate. S’en suit l’exposition Over my Dead Body, en collaboration avec la marque Cheap Monday, le Prismatic World Tour de Charli XCX et Katy Perry pour lequel elle est photographe, et des expositions au Kunstquartier Bethanien de Berlin et à la Galerie Konschthaus beim Engel à Luxembourg, tout cela en sus à plusieurs publications majeures dans des grands médias tels que Vogue Italia.

Au début, l’important pour Bettendorff était « de gagner un maximum d’expérience ». Ensuite, au cours des cinq dernières années, elle s’est mise en quête pour trouver son chemin bien à elle. Et si son parcours éclair a pu la surprendre et l’empêcher de s’arrêter un instant pour prendre du recul, le conseil qu’elle donnerait à la Jill d’il y à 5 ans est sans aucun regret: « fonce, n´aie pas peur. Aie confiance en toi ».

Associant sans craintes son background de danseuse à ses projets artistiques pluriels, elle initie en 2016 une série de photographies titrée Psychotop pour, tout récemment, sortir la création danse-vidéo Bondiaries, poursuivant ainsi sa recherche autour de la sculpturalité des corps en mouvement. Dans l’effervescence de nombreux projets, Jill Bettendorff se livre à culture.lu sur son travail et ses aspirations.

Étudiante à Paris, sa curiosité pour la photographie émerge, pour se développer dans le vivier culturel Newyorkais. Si Jill Bettendorff n’a pas toujours su qu’elle voulait être photographe, elle entre dans sa dixième année à tenir un boitier… C’est finalement son destin, construit par son acharnement, « j’avais vite compris que ça n’allait pas être un parcours facile ».

Aujourd’hui installée à Berlin, elle est photographe indépendante, cumule projets commerciaux et artistiques, tout en continuant à danser, sa toute première passion. Associant d’abord un parcours artistique dans la danse et la photographie, une de ces pratiques a finalement pris l’ascendant, « la photographie prend très clairement plus de place dans ma vie professionnelle mais la danse reste toujours présente ».

À l’époque, en 2016, elle imaginait déjà une exposition photographique qui serait montrée à Berlin et prendrait pour thématique le corps humain en tant que sculpture, à la manière de Man Ray ou Robert Mapplethorpe… Elle faisait germer sa série Psychotop – exposée au Kühlhaus à Berlin, à la Galerie Cornelissen à Wiesbaden et à la Galerie Beim Engel au Luxembourg –, en alliant photographie et danse, dans des mises en scène, ou plutôt « chorégraphies », des danseurs Wilfried Ebongue et Shakirudeen Alade.
En plaçant les corps des danseurs au centre d’un paysage naturel, elle créé une symbiose. « Cette série a pour thème l’interaction entre le corps et la nature, en montrant que la nature est un point de départ et une nécessité. Je découvrais que ces paysages sont porteurs de leçons profondes et riches et ne devraient pas être réduits à un objet esthétique ». Entrainée par sa série qu’elle aura développée – et développe encore – du sud de l´Espagne, à Athènes, en passant par Tenerife et Bali, Bettendorff se questionne aussi sur un mode de vie plus écologique et distille alors dans sa photographie des enjeux plus précis.

Qazim Gashi

© Jill Bettendorff

Son ancrage dans la danse aura guidé son choix de capter le corps humain avec l’œil du boitier photographique. Elle explique, en décrivant Psychotop, que « la photographie fossilise l’essence d’un mouvement pour toujours ». De là, elle se met à la vidéo et livre Bondiaries, une création danse-vidéo en duo avec Wilfried Ebongue – son partenaire de vie –, sous l’œil du réalisateur Torben Loth.

Avec cette vidéo, ils explorent les différentes dimensions que peut connaitre une relation, en se basant sur les notions de dépendance, d’indépendance & d’interdépendance. « Il s'agit d'une performance conceptuelle qui passe par différentes étapes. En commençant par la dépendance, un espace où l'un est guidé par l'autre, quels que soient les besoins de l'autre. En passant par l'indépendance, où nous nous déplaçons seuls sans avoir besoin du soutien de l'autre, nous arrivons finalement à un espace d'interdépendance où nous nous donnons la liberté d'être nous-mêmes et de nous soutenir les uns les autres ».

Qazim Gashi

© Factory Berlin

Quatre ans auparavant, elle imaginait cette vidéo comme une « pièce de danse qui parle de la beauté et des combats d’une relation amoureuse ». Dans Bondiaries, elle parle de sa propre histoire d’amour et intègre à son travail artistique un degré supplémentaire d’intimité avec le spectateur. « L´authenticité et l´intégrité prennent de plus en plus de place dans mon travail artistique, donc forcément une certaine intimité s’installe aussi. C´est vrai que dans le travail artistique avec mon partenaire, nos vies privées et artistiques fusionnent ».

La vidéo connait un succès exponentiel. Diffusée en première par la plateforme Nowness et primée au Wildsound Festival de Toronto, Portland Dance Film Fest, Fuselage Dance Film Festival, 180 Berlin Filmfest, elle remporte l’Audience Choice Award au Sans Souci Festival of Dance Cinema. Une prise de possession du médium vidéo avec fulgurance pour l’artiste qui passe du tout-figé à « des images qui traversent le cadre, qui prennent vie ».

Bettendorff ne connait finalement plus de limite à l’association des outils, médiums et pratiques qui sont à son service. Au-delà même, elle imagine une grande performance, « soit dehors, soit dans un musée, ou même les deux, sans barrière scène / publique, qui unirait danse, installation, photo et vidéo ».

Qazim Gashi

© Qazim Gashi

Pour le moment, elle ne souhaite pas encore en dire plus, attendant du concret et sûrement la fin d’une crise sanitaire qui aura, comme pour beaucoup, mis en stand-by son travail, autant que son inspiration. « La créativité ne se force pas. Il a justement fallu quelques semaines de recul, de réflexion, comprendre ce qui se passe et puis, élaborer une retranscription dans un projet artistique de tout ce que je ressens et ce qui me passe par la tête ».

De là est né le projet vidéo Transcending – nominée et diffusée au Portland Dance Film Fest, catégorie Stay Home Screendance –, qu’elle a réalisé en période d'isolement et de confinement dans un grenier abandonné. « Je me suis plongée dans l'introspection en transcendant vers un espace de calme et de paix intérieure ».

Dans cette dynamique contextuelle, en mai dernier, elle participe à l’exposition virtuelle Inter/Intra Human, initiée par le cercle d’artistes de Factory Berlin. Une exposition en autogestion avec l’ensemble du collectif qui se montre comme une « expérience unique » en vu du contexte mais également un éloignement par rapport au travail très organique et physique qu’elle développe habituellement. « On a fait un vernissage virtuel via un live Facebook, c´était une expérience assez particulière de vivre cela seule devant un ordinateur. J´ai besoin de voir et sentir la présence du spectateur ».

Loin d’y voir un avenir, le concept d’exposition virtuelle ne stimulera pas chez elle plus d’envies. « C´est incomparable avec l´expérience en face à face ». On peut la comprendre, sachant qu’elle vit dans l’une des villes européennes les plus dynamiques culturellement, et qui connait une explosion de diversités dans tous les domaines d’application. « J´ai besoin de cette diversité culturelle et artistique. C´est ça qui m´enrichit, qui me fait grandir et qui m´inspire sur le plan personnel et professionnel ».

Dans cette ville si attractive, et au cœur de son foisonnement de projets, Jill Bettendorff vit pour « grandir, évoluer, pour l´apprentissage, l´authenticité et l´intégrité ». Et, comme nous tous, elle ne cesse de rêver du futur, qu’elle voit au travers de projets qui mêleront « différents arts et des collaborations avec mon partenaire Wilfried ».