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Author: lisi.schoen
Auteur
Célia Turmes

Détail de l’œuvre Wou stees du ?  © Célia Turmes

Du 6 mars au 11 avril, la ville de Dudelange accueille les artistes Chantal Maquet (Centre d’Art « Nei Liicht ») et Sophie Medawar (Centre d’Art Dominique Lang).

Au Centre d’Art « Nei Liicht » de Dudelange, l’exposition pluridisciplinaire Dat huet jo näischt mat mir ze dinn de Chantal Maquet thématise et reflète le passé des ancêtres de l’artiste au Congo en interrogeant la présence d’attitudes racistes au Luxembourg d’aujourd’hui. L’installation inclut peintures et vidéos.

L’exposition s’ouvre sur un dispositif panoramique de sept peintures invitant le visiteur à entrer dans un monde coloré et lointain. Intitulées Wou stees du?, ces peintures mettent en scène la vie des habitants d’un petit village situé dans l’ancienne colonie belge du Congo en 1953. Des femmes portant sur leur tête des jarres remplies d’eau et des enfants courant dans les champs y sont représentés dans une peinture riche en couleurs contrastées.

Ces motifs, récurrents dans le travail de Maquet, dérivent d’enregistrements vidéo et photographiques faits par ses grands-parents lors de leur séjour au Congo. L’artiste se réapproprie les images et les thèmes dans sa peinture ; son objectif étant de dépeindre le vécu passé de sa famille, mais aussi d’exprimer un regard personnel critique. Chantal Maquet confronte ainsi l’histoire de sa famille liée à celle du colonialisme.

Mais l’artiste ne partage pas seulement ses réflexions personnelles sur le racisme, elle interpelle aussi celles des autres. À cet effet, dès l’entrée du visiteur, des détecteurs de mouvement déclenchent l’installation sonore Wéi ass et dir ergaangen? Le visiteur est de suite plongé dans des conversations enregistrées entre l’artiste et des Luxembourgeois(es) évoquant le racisme vécu au quotidien.

Dans ses tableaux et son installation, Maquet fait dialoguer la diversité dans un mélange de couleurs et de sons à la fois harmonieux et interpellants. Ainsi, Dat huet jo näischt mat mir ze dinn met en scène les réflexions de Chantal Maquet tout en invitant le spectateur à participer à des discussions plus larges sur le colonialisme et le racisme.

À 5 minutes de marche à pied, dans la galerie « Dominique Lang », Sophie Medawar engage un discours tout aussi personnel et stimulant à travers son exposition Shéhérazade 3.0. Réunissant peinture, sculpture et vidéo, l’exposition interroge la place des femmes dans la société contemporaine et dans l’histoire.

L’œuvre Bouches prison © Célia Turmes
L’œuvre Bouches prison © Célia Turmes

Cet objectif s’exprime tout d’abord dans le titre: c’est Shéhérazade, la princesse héroïque des contes des Mille et Une Nuits qui est la source d’inspiration de l’artiste et qui prête son nom à l’exposition. Cette figure féminine devenue légendaire grâce à son don de narration et son courage réussit à se délivrer elle-même ainsi que d’autres femmes du joug masculin dans un monde despotique. Les paroles de Shéhérazade ont un pouvoir salvateur et sont devenues un symbole de la libération féminine.

Avec l’installation Bouches prison, déposée à l’entrée de la galerie, l’artiste thématise l’importance de s’exprimer et de lever sa voix en tant que femme. L’œuvre est constituée de plusieurs centaines de petites bouches en métal doré dont l’apparence rappelle des barres de prison. Ce n’est qu’en marchant sur les formes de bouche étalées par terre que le visiteur découvre le véritable propos de l’œuvre : des sons métalliques bruyants attirent toute l’attention - symbolique d’une parole enfin libérée. 

Sophie Medawar a conçu l’entièreté de son exposition dans ce même esprit de libération. Elle constate que, même si nous vivons à une époque marquée par des mouvements tels que #METOO et Time’s Up encourageant la prise de parole des femmes, les médias semblent malgré tout encore perpétuer l’image de la femme victime.

L’artiste, quant à elle, tente de redonner une voix aux femmes avec son exposition Shéhérazade 3.0 qui met en avant leur force d’esprit et de caractère tout en s’opposant aux oppressions et tabous quotidiens.

Deux expositions à ne pas manquer !