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Author: stephan.schuster
Auteur
Pablo Chimienti

© Pablo Chimienti

Une transition entre le XIXe et XXIe siècle

L’exposition « Transitions », réalisée par la photographe Séverine Peiffer et les élèves de l’option photographie du lycée Aline Mayrisch, propose une courte promenade artistique dans le parc de Merl.

« Avec la pandémie actuelle, le sujet de la jeunesse est plus que jamais d’actualité » lance Séverine Peiffer qui expose, jusqu’en avril, dix grands portraits de jeunes du lycée Aline Mayrisch dans les allées du parc de Merl, à Luxembourg-Ville. « Notre société doit plus que jamais se demander comment va notre jeunesse, quoi faire pour la soutenir » ajoute la photographe qui a passé plusieurs heures à discuter avec les lycéens avant de tirer leurs portraits.

« Transitions » en est à sa troisième saison après une première exposition en 2018 avec des jeunes du Lycée des Garçons de Luxembourg et une deuxième avec les élèves de l’École nationale pour adultes en 2019. L’idée de départ est justement de parler de bien-être, de la transition entre l’enfance et l’adolescence et puis des perspectives pour le futur.

« On a fait connaissance et on a parlé de la thématique, les transitions qu’ils vivent » reprend l’artiste. « J’ai voulu prendre le temps avec eux, savoir comment ils allaient. On attend d’eux des performances scolaires, d’avoir des loisirs, mais on ne se demande pas assez comment ils vont, alors qu’il peut y avoir des soucis à l’adolescence qui auront des répercussions à l’âge adulte ».

Pablo Chimienti

© Pablo Chimienti

Une technique de « slow-photographie »

Après la discussion, chaque participant a dû imaginer comment il voulait être représenté, ce qu’il voulait dire, « et comment on pouvait traduire cela en photo » résume Séverine Peiffer. En un seul cliché, les jeunes devaient traduire leur émotion face au monde qui les entoure. Pas évident pour une génération souvent plus habituée à Snapchat, Instagram et TikTok et leurs instantanés qu’à la photographie à l’ancienne défendue par Séverine Peiffer. Avec elle, la pose dure 12 secondes, « l’instant est étendu, et il s’y passe toujours des choses un petit peu magiques » souligne celle qui aime à parler de « slow-photographie ».

Depuis des années, la Luxembourgeoise s’est spécialisée dans le travail au collodion humide, une technique du milieu du XIXe siècle où les prises de vue se font à l’aide d’une chambre photographique – la sienne mesure 18x24 cm – et où du nitrate de cellulose dissous dans un mélange d’alcool et d’éther est étendu sur une plaque de verre, qu’on plonge ensuite dans un bain de nitrate d’argent. « Une photographie entièrement faite main, avec un aspect manuel qui me plait énormément, où il y a des accidents heureux qui peuvent avoir un impact sur le résultat final » note la photographe qui aime tout particulièrement transmettre aux jeunes ces gestes techniques analogues. « En tant que photographe et artiste je me suis donnée la mission de faire en sorte que cette technique ancienne ne se perde pas et que les jeunes la découvrent ».

D’où aussi son envie de toujours présenter ses expositions « Transitions » dans l’espace public. Sur les grilles du Lycées des Garçons pour la première, sur la place Guillaume-II pour la deuxième, dans le parc de Merl pour cette troisième édition. « L’espace public se prête bien parce que je veux que la thématique sorte du contexte scolaire et propose un dialogue avec le quartier » reprend-elle. Du coup, au moment de commencer le projet avec le lycée Aline Mayrisch, le parc de Merl tout proche s’est imposé comme une évidence.

Le parc de Merl, nouvelle galerie à ciel ouvert

Une première pour ce parc très apprécié par les riverains et les familles. « C'est la première fois qu’une exposition photographique sur grand format est présentée au parc de Merl » déclarent les services de la Ville de Luxembourg, « auparavant, entre 2012 et 2020, des expositions étaient montrées régulièrement à la place Guillaume II ; or, cet endroit n'étant plus disponible en raison d'un chantier, les responsables de la Ville, ensemble avec la Coordination culturelle, ont désigné le parc de Merl comme nouvelle galerie à l'air libre ». Et de poursuivre : « En tant que voie de passage entre l'homme et la nature, un parc se prête bien pour exposer des œuvres d'art ». Le parc municipal et celui de la Villa Vauban accueillent ainsi des œuvres pérennes, le parc de Merl devrait désormais accueillir trois expositions temporaires par an autour de la photographie.

Jusqu’au mois d’avril, le visiteur du parc pourra découvrir ces dix portraits d’1,20 sur 1,60 mètres installés sur de grands panneaux en verre de 1,60 x 2 mètres bien calés, pour des raisons de sécurité, dans des fondations bétonnées. Ces deux blocs de cinq portraits, l’un du côté du lac, près de l’entrée de la rue Adolphe, l’autre proche de l’aire de jeu, du côté de l’entrée de l’Avenue du X-Septembre, s’imposent sans pour autant troubler la tranquillité des lieux. La monochromie et le grain de ces photos collent à merveille à la météo hivernale du moment et ces visages, tantôt fort expressifs - toisant presque le passant du regard -, tantôt  plus timides - avec les yeux fermés, la bouche bâillonnée quand le modèle ne pose pas carrément de dos -, sont touchants comme cette main sur l’épaule dénudée d’une des jeunes modèles, avec leur aspect à la fois intemporel et terriblement actuel.


Pablo Chimienti

© Pablo Chimienti

Pablo Chimienti

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