12 fév. 2026La danse comme outil de langage
Baptiste Hilbert utilise la danse comme outil de langage. Co-créateur de la Plate-Forme AWA, As We Are, avec la majestueuse Catarina Barbosa, il nous offre le temps d'un instant sa voix, afin de nous plonger dans le merveilleux médium artistique de la danse. Grâce à ses expériences, aujourd'hui, ils participent à faire briller la danse contemporaine luxembourgeoise à l'échelle internationale. AWA ne cherche pas seulement à créer, elle casse les murs, les frontières afin de nous ouvrir l'esprit et de nous éclairer. À travers les halos des projecteurs, AWA nous offre de multiples faisceaux sur le monde qui nous entoure.
À l'issue de la 4ᵉ édition de la Plate-Forme AWA, de nombreux danseurs vont pouvoir fouler les scènes luxembourgeoises du 16 février au 1ᵉʳ mars avec la soirée d'ouverture le 21 février au TROIS C-L et une soirée de clôture le 28 février au Kinneksbond. AWA naît dans cet espace fragile où l'apprentissage devient expérience, là où les corps quittent l'exercice pour entrer en dialogue. Elle trace un passage entre l'élan amateur et l'exigence du plateau, entre transmission, création et regard partagé. AWA est ce lieu où la danse se pense, se risque, et s'invente ensemble.
La Plate-Forme AWA revient pour une 4ᵉ édition. Cette année encore, un·e chorégraphe luxembourgeois·e est amené·e à créer une pièce avec la Junior Company du CND Luxembourg. En 2026, cette création est confiée à Anne-Mareike Hess. Baptiste Hilbert, vous qui avez été formé au Ballet Junior de Genève, qu'est-ce que travailler avec la Junior Company CND Luxembourg vous rappelle de vos propres débuts ?
Ce qui est très intéressant dans ce format, c'est de mettre en contact les préprofessionnels avec le monde professionnel et tout ce que ça implique en studio. C'est tout l'intérêt de la plateforme : combler le décalage qui existe entre la pratique de la danse au niveau amateur et au niveau professionnel. J'ai l'impression que, culturellement, beaucoup de petites filles sont amenées à pratiquer la danse – plus que les petits garçons d'ailleurs – comme un simple loisir. La démarche au niveau amateur est davantage perçue comme une pratique sportive que comme une pratique artistique. Quand on intègre une école professionnelle, la danse est considérée comme un art et non comme un sport, avec tout ce que cela implique en termes de technique, d'exercices et de développement artistique.
Pour les jeunes danseurs de la Junior Company, ce qui est particulièrement intéressant dans leur formation, c'est qu'ils appréhendent vraiment la danse comme une pratique artistique. C'est quelque chose dont je n'avais absolument pas l'habitude. Quand j'ai été formé au niveau amateur, avant de partir pour mes études professionnelles à l'étranger, je n'avais aucune idée de ce que signifiait concrètement se retrouver en studio pour créer quelque chose. Je l'ai appris à l'étranger, ce qui est dommage, parce que cela implique de devoir partir loin pour s'y frotter. Cela nous rend très fiers de cette démarche, car elle offre aux jeunes danseurs locaux une chance que nous n'avons pas eue : ce pont entre les deux mondes n'existait pas encore.
Avec la création d'Anne-Mareike Hess pour la Junior Company, qu'espérez-vous transmettre aux jeunes danseur·se·s qui va au-delà de la technique et pourquoi avoir choisi Anne-Mareike Hess pour l'édition 2026 ?
La démarche technique sera mise de côté, car Anne-Mareike n'est pas là pour enseigner la technique. Elle est là pour utiliser ce que les danseurs ont déjà appris. Elle a des corps qu'elle va modeler selon ses envies pour la création, tout en leur laissant, bien sûr, une marge de manœuvre. Anne-Mareike travaille beaucoup sur l'improvisation dans son processus de création. Nous l'avons choisie après avoir fait le tour des créateurs locaux, par affinité avec sa création et son univers artistique. Nous nous sommes dit que ce serait un beau défi pour les danseurs de la Junior Company de travailler avec cette chorégraphe qui n'a pas forcément l'habitude de collaborer avec de jeunes danseurs. D'autant qu'elle va se retrouver avec quatorze ou douze danseurs sur scène, ce qui constitue l'un des plus gros casting depuis le début de la plateforme. C'est donc un beau challenge pour elle, mais le choix s'est fait naturellement, par affinité.
Depuis la 3ᵉ édition, un volet inclusif a été intégré à la Plate-Forme AWA. Ce sont donc des ateliers destinés aux plus de 55 ans, aux jeunes et aux personnes en situation de handicap qui sont proposés, dirigés par Joel O'Donoghue. Qu'avez-vous observé depuis l'intégration de ces ateliers inclusifs ? Et pourquoi était-il important pour vous d'intégrer un volet inclusif à la Plate-Forme ?
Nous voulions intégrer une dimension supplémentaire à la plateforme. J'ai travaillé pour une saison avec l'ensemble blanContact, une compagnie de danse mise en place à l'initiative du Mierscher Theater. Ayant dansé avec eux, et fort de mon diplôme d'éducateur, j'ai toujours eu cette fibre de transmettre le mouvement et d'en partager les bienfaits auprès d'un public spécifique. Plus jeune, j'ai effectué des stages en centre pour personnes en situation de handicap ou à besoins spécifiques. Pour cette quatrième édition, il nous a semblé naturel et logique d'intégrer ce volet inclusif. C'est le même intervenant que l'édition précédente, Joel O'Donoghue, qui vient cette année offrir une série de workshops. Le point positif, c'est que ces ateliers pour les personnes à besoins spécifiques sont aussi ouverts à d'autres danseurs. Nous créons ainsi une mixité à l'intérieur du studio. Nous prévenons en amont les participants professionnels ou préprofessionnels qui souhaitent rejoindre l'aventure qu'il ne s'agit pas d'un workshop comme les autres. Humainement, c'est une expérience vraiment incroyable pour l'avoir vécue moi-même.
Avec LA VERONAL et Fighting Monkey, quelles nouvelles perspectives souhaitez-vous offrir aux danseur·se·s professionnel·le·s du Luxembourg et d'Europe ? Comment se positionne AWA à l'échelle européenne ?
C'est la première fois que nous accueillons La Veronal. Pour être honnête, nous cherchons des locomotives dans la programmation, tant pour les spectacles que pour le volet pédagogique. Nous visons des artistes capables de créer de l'intérêt à l'international, ce qui fonctionne plutôt bien. Nous nous situons à distance relativement humaine de grands centres de la danse contemporaine comme Bruxelles, Berlin ou Londres. Cela fonctionne très bien pour le milieu chorégraphique, car nous travaillons avec un médium sans barrière linguistique. Des danseurs venus participer aux masterclass de la plateforme ont ensuite travaillé pour des créateurs luxembourgeois. Dans le milieu de la danse indépendante, les compagnies de répertoire existent de moins en moins. C'est un format devenu peu viable étant donné les finances que cela demande. On travaille davantage de projet en projet. L'importance du réseau que nous créons est donc cruciale. La plateforme fait office de lieu de réseautage indirect.
Si l'on observait la Plate-Forme AWA uniquement à travers ses choix de programmation et d'inclusivité, qu'aimeriez-vous qu'on comprenne de votre vision de la danse aujourd'hui ?
Il y a un désenclavement du Luxembourg en termes géographiques, mais aussi, métaphoriquement, un désenclavement des esprits. Nous nous trouvons dans un pays éloigné des villes qui dépassent le million d'habitants. Il y a une forme d'éducation du public à engager, une ouverture d'esprit à développer graduellement. Pour ce faire, nous devons proposer une programmation suffisamment diversifiée. Cela va jusqu'à l'ordre de passage dans les soirées, pour aiguiser et affûter progressivement l'esprit critique de notre public. Nous faisons cela depuis le début de la création d'AWA, tout en tenant compte du fait que notre public n'est pas forcément initié à la danse contemporaine. Au fur et à mesure de l'avancement de la soirée ou des différentes soirées, les gens peuvent se dire : « D'accord, j'ai vu quelque chose de très impressionnant en termes de performance, des corps impressionnants sur scène. Et puis après, j'ai eu accès à quelque chose de plus conceptuel. » Nous essayons de stimuler tout ce que le public peut s'imaginer autour de l'interprétation du mouvement. Chacun peut se créer son histoire, son point de vue. C'est toute la beauté de la chose pour nous avec AWA. Dans la programmation, il y a des pièces extrêmement intéressantes, mais peut-être un peu plus pointues. Mais cela correspond à l'évolution aussi, car notre public commence à être habitué. Nous essayons de lui donner un peu plus à chaque fois, de le challenger davantage.
Une chose est sûre, cette 4ᵉ édition va être à nouveau un rendez-vous incontournable de la danse contemporaine luxembourgeoise. Ce projet iconique et iconoclaste n'a pas fini d'illuminer nos rétines et de nous chuchoter ses récits. Ces écritures chorégraphiques sont un langage qui s'adresse d'abord aux sens : au souffle qui se suspend, au regard qui ralentit, à l'attention qui se déplace. Elles font circuler une énergie presque imperceptible, une vibration qui traverse les corps en mouvement, gagne l'espace, puis atteint le nôtre, longtemps après encore.
Plate-Forme AWA, du 16 février au 1ᵉʳ mars
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