Miki : star montante de la pop

27 nov. 2025
Miki : star montante de la pop

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Jeune, talentueuse, audacieuse dans ses propos et pourtant si accessible. Miki s’inscrit dans cette lignée d’artistes anticonformistes, qui franchit les étapes en gardant les pieds sur terre, sans prétention. Aussi à l’aise sur scène que sur les plateaux de télévision, la chanteuse, compositrice, interprète franco-coréenne fait preuve d’une totale sincérité. Une authenticité qui plaît – et qui, au passage, attise les détracteurs jaloux de son ascension fulgurante.

Entretien chaleureux avec Mikaela Duplay, alias Miki, la révélation qui bouscule la pop francophone.

En 2024, vous postez sur TikTok un extrait de votre titre « Échec et Mat » et là, c’est l’engouement avec plusieurs millions de vues. Comment analysez-vous l’origine de ce succès ?

Peut-être que tout vient de là : de la simplicité avec laquelle je me présente, de la simplicité de mes clips et de mon écriture. Quelque chose de désarmant. Je reste la même : Miki en famille et avec mes amis. Je n’ai pas besoin d’amplifier ce que je vis et d’être en quête d’un absolu. J’aime me sentir comprise. J’ai souvent l’impression que le public me considère comme une amie et, d’une certaine façon, cela les rapproche aussi d’eux-mêmes.

Tout cela est arrivé tard pour moi : j’ai vingt-sept ans. Ma carrière a véritablement commencé l’année dernière, ce qui m’a laissé le temps de mûrir et de comprendre qui je suis. Plus jeune, on n’est pas formé, on ne sait pas encore qui l’on est. J’avais déconstruit toutes les choses supposées « attirantes et fascinantes » : l’envie d’être invitée partout, fréquenter les bonnes soirées, avoir les bonnes connaissances, être vue avec les personnes influentes. Aujourd’hui, tout cela m’est égal.

Vous êtes française par votre père et coréenne par votre mère et vous avez grandi au Luxembourg. Que vous apporte cette mosaïque culturelle ?

C’est assez étrange puisque je possède la double nationalité mais je n’ai grandi ni en France, ni en Corée. Je ne sais pas ce que signifie la norme d’une seule identité. Je me sens à l’image du Luxembourg : un puzzle de plusieurs nationalités et cultures. Lorsque je me suis rendue seule en Corée, j’ai été livrée à moi-même. Le mimétisme m’est alors apparu comme impossible. Les situations que j’ai vécues m’étaient inconnues. J’étais face à mes propres réactions. Cela m’a permis d’être davantage moi-même, de découvrir une partie plus « cringe » (embarrassante) de moi-même et de l’accepter. Visiter le pays de ma mère m’a également permis de mieux la comprendre. Pour elle, prendre soin de quelqu’un de cher, c’est se dévouer entièrement pour l’autre, avec beaucoup de pudeur. Il faut parfois deviner ses intentions et dépasser son côté intrusif. Désormais, grâce à ce voyage, je sais que j’ai en moi une sensibilité coréenne équilibrée par la notion de doute, si française !

L’industrie de la musique est un monde à part entière, parfois effrayant lorsque l’on ne la connaît pas. Êtes-vous perçue comme un ovni dans la famille ?

Pas du tout. Nous sommes tous des ovnis. Mon frère et mon père sont tous les deux obnubilés par l’espace, les étoiles et les planètes. Ma mère vit pour l’art coréen et le chant. Ma sœur évolue dans un monde parallèle. Même mes cousines sont à part. De notre point de vue, nous pensons que nous sommes normaux mais nous sommes tous un peu bizarres !

Quels sont vos thèmes de prédilection ?

J’écris de la façon la plus simple possible, presque comme dans un journal intime. J’observe, je ressens, je note. Ensuite, j’essaie de transformer ces impressions en images, de les rendre visuelles. Sans doute est-ce en lien avec mes études de cinéma. Surtout éviter que cela devienne une séance de psychothérapie avec soi-même ! Si je devais résumer ma méthode, ce serait presque un storyboard : une écriture qui suit une logique très cinématographique.

À la maison, déjà enfant, je fabriquais mes propres histoires. Je les écrivais sur des pages et ensuite j’agrafais le tout pour réaliser des livres. J’inventais des pièces de théâtre, des chorégraphies, des émissions de radio. Lors des dîners de famille, je préparais même de petits interludes. J’ai toujours adoré animer.

Vous êtes en tournée en France, vous avez fait l’Olympia en solo en octobre dernier, vous êtes sur tous les plateaux télé et radio, vous lancez votre premier album. Comment fait-on pour garder les pieds sur terre dans ce tourbillon ? 

Toute l’année, j’ai manqué de temps et de recul : la tournée, les retours de mix, encore la tournée, puis la scène avec les musiciens, l’écriture, la composition… J’étais entièrement focalisée là-dessus. Je ne voyais plus mes amis. C’était travail, travail, travail. J’ai enchaîné sans même m’en apercevoir. Je ne me rends compte de ce succès que maintenant.

Composer, c’est aussi une manière de se découvrir. On devient autonome dans son propre système, on donne à soi-même quelque chose qui nous dépasse. Et cela, rien ni personne ne pourra me l’enlever. Grâce à la musique, j’ai compris ce que je ressentais et j’ai transformé un certain mal-être en quelque chose dont je suis fière. C’est un peu comme le sport – le ping-pong, le tennis, la natation, le basket, même la marche – cela me vide la tête, cela me recentre.

Aujourd’hui, je tente de prendre de la distance avec ce qui m’arrive. Je continue à me rendre à mes concerts à vélo. Je protège mes amitiés. Je préserve mon équilibre en pratiquant du sport, notamment en jouant au foot. À la maison, il est très rare que nous parlions de mon travail. Je préfère retrouver ma place de « petite dernière », celle qui me ramène à l’essentiel.

Sorti le 3 octobre dernier, votre premier album s’intitule Industry Plant. Est-ce un pied de nez aux attaques reçues sur les réseaux ? Comment fait-on face aux critiques ?

Le titre de l’album s’est vite imposé. Il me permet de répondre aux remarques négatives dont j’ai fait l’objet, mais cela ne constitue pas l’ensemble de l’album. Ne rien expliquer, assumer l’étiquette que l’on me colle est sans doute la meilleure façon de réagir. C’est l’attitude que j’ai choisie. Il ne faut pas trop donner d’importance aux paroles malveillantes. D’ailleurs, je suis très peu sur les réseaux. Bien sûr, les critiques négatives m’affectent. Le succès n’immunise pas contre les attaques. En Corée, la culture prône qu’il ne faut pas faire honte à sa famille. Il faut rester « présentable », coûte que coûte. Donc, j’essaye de passer outre ces ondes négatives. Je les utilise comme source d’affirmation et d’indépendance. Finalement, cela me rend plus forte. Dommage pour mes détracteurs ! (Rires)

Que ressent-on lorsque le public reprend les paroles de ses chansons ?

C’est assez fou. C’est un sentiment unique, très agréable. Je me sens comprise, en osmose avec le public. Il y a comme une familiarité qui s’installe. Au cours des trois dernières années, je faisais uniquement des premières parties. Puis tout à coup, je retiens l’attention du public avec ma musique et mes chansons. Les gens aiment et scandent mes paroles. Ils connaissent mes textes par cœur. Ils viennent pour moi. C’est bouleversant. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent semble porter ses fruits.

Quelle est la suite ?

Trois dates à l’Élysée Montmartre en mars. Et avant cela, la suite de la tournée en partageant la scène avec trois musiciens. C’est tout nouveau pour moi. Très stimulant d’être entourée par des pros. Sans oublier le concert à Metz début décembre ! Famille et amis seront là. Me produire dans l’Est de la France, c’est un peu comme si je donnais un concert à la maison. 


Concert le 5 décembre 2025 à La Bam à Metz, www.citemusicale-metz.fr

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