31 juil. 2025Mélusine Muse urbaine de la LUGA
Photo : Suzan Philipsz, The Lower World, 10.05 – 18.10.2025, Aquatunnel, Luxembourg © Marion Dessard, Mudam Luxembourg
La figure mythique de Mélusine traverse les projets artistiques présentés dans le cadre de la LUGA, Luxembourg Urban Garden, 2025. Dans The Lower World, Susan Philipsz fait résonner sa voix de sirène, tandis que Laure Gauthier la réinvente dans une fable avec un roman, mélusine reloaded.
The Lower World, l’écho de Mélusine
Légende et architecture urbaine s’allient sous terre, dans une installation sonore inédite signée Susan Philipsz. L’artiste écossaise a investi l’Aquatunnel avec The Lower World, une œuvre immersive commandée par le Mudam Luxembourg. Elle transforme ainsi l’espace urbain souterrain de l’Aquatunnel en un monde aux résonnances féériques. Fidèle à sa démarche exploratoire, l’artiste a travaillé avec les spécificités de l’espace, en tirant parti de l’acoustique naturelle du tunnel. Ainsi, elle encourage le visiteur, par de multiples associations, à réfléchir à ce qui l’entoure. Cette œuvre introspective et inédite est une traversée d’un tunnel de 900 mètres, reliant la vallée de la Pétrusse au quartier du Pfaffenthal, un lieu d’ordinaire fermé au public, où les sons deviennent matière. Inspirée par les figures mythologiques des sirènes grecques, dont les chants envoûtaient les marins jusqu’à leur perte, l’artiste donne voix à l’ombre de Mélusine, l’esprit des eaux et figure tutélaire du folklore luxembourgeois.
Sa légende est étroitement liée au rocher du Bock, à l’histoire d’une fée ou d’une créature mi-femme, mi-poisson. Mélusine est liée à l’eau, à la nature, à un savoir caché. Elle est aussi une femme libre, imposant ses conditions, et maîtresse de ses métamorphoses, jusqu’à ce que Raymondin la trompe et rompe le pacte scellé. C’est une transgression masculine qui provoque le départ et l’irréversible. La structure brute de l’Aquatunnel offre un flux sonore à la fois envoûtant et mélancolique par le son qui se déploie en vagues successives. Avec The Lower World, Susan Philipsz transforme un lieu fonctionnel en un espace poétique. La légende de la fée Mélusine, esprit de l’Alzette ou bâtisseuse ailée des terres poitevines, traverse les siècles en se métamorphosant, selon les regards posés sur elle, et n’a rien d’un récit figé. Dans Mélusine reloaded de Laure Gauthier, cette figure hybride s’anime dans une dystopie futuriste.
Un conte futuriste : mélusine reloaded
Dans le cadre de Luxembourg Urban Garden, Mélusine a été au cœur d’un dialogue fertile entre la romancière Laure Gauthier et l’historienne Sonja Kmec. Dans mélusine reloaded, couronné par le Prix du Premier Roman 2024, Laure Gauthier propulse la fée bâtisseuse et hybride dans un futur imaginaire. Entre conte écologique et satire sociale, sa relecture contemporaine dessine une vision poétique du mythe poitevin. Dans un monde multi-pollué, à peine futuriste, où l’industrie a cédé la place à un tourisme sous contrôle, le lecteur devient un « Touriste Traversant » (TT), immergé dans un univers déconcertant. La langue du roman est truffée d’acronymes (SAF, ZTA, DSCO…) et mime les travers d’un univers desséché et bureaucratisé à l’extrême, où l’amour est sous surveillance et les émotions jugées suspectes. Dans cette société fossilisée, Mélusine revient, indocile et déterminée à réenchanter un monde au bord de l’effondrement. Elle réapparaît comme une figure de l’insoumission et gardienne des derniers vestiges du vivant. Désignée avec ou sans majuscule, elle renverse les logiques établies, prône l’expérience sensible dans le présent et rebâtit un monde en incarnant l’espoir. Manifeste poétique, ce roman détourne ainsi le mythe pour imaginer un futur habitable. La Mélusine du XXIe siècle s’inscrit dans un mouvement plus large de relecture contemporaine de cette célèbre figure anguipède. À travers des approches différentes, Susan Philipsz, artiste sonore, et Laure Gauthier révèlent de nouvelles mues de Mélusine toujours insaisissable et en perpétuel devenir.
L’exposition The Lower World sera accessible jusqu’au mois d’octobre 2025. Deux entrées sont possibles : soit côté Pétrusse, soit côté Pfaffenthal. L’ouverture au public se fait de 11h à 17h30, du lundi au dimanche.
Laure Gauthier, mélusine reloaded, Éditions José Corti, 2024.
- Biographies
Susan Mary Philipsz est à l’origine une sculptrice, mais elle est surtout connue pour ses installations sonores. Elle vit et travaille actuellement à Berlin. Elle a acquis une reconnaissance internationale, avec des expositions individuelles majeures dans des musées et des galeries du monde entier, ainsi qu’à la Biennale de Venise, la Biennale d’Istanbul et la documenta 13 à Cassel. En 2010, l’artiste a remporté le prix Turner, décerné pour la première fois à une artiste travaillant avec le son.
Laure Gauthier vit et travaille à Paris. Elle est l’autrice d’essais et de plusieurs livres de poésie, dont kaspar de pierre (Éditions La lettre volée, 2017) et récemment Les corps caverneux (Éditions LansKine, 2022). Mélusine reloaded est son premier roman.
Sonja Kmec est professeure à l’Institut d’Histoire de l’Université du Luxembourg depuis 2010. Son domaine de recherche est l’histoire culturelle. Ses publications comprennent une contribution à l’ouvrage collectif Not the girl you’re looking for – Melusina rediscovered (Éditions Schortgen).
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