Journées de l’Architecture Luxembourgeoise

18 sep. 2025
Journées de l’Architecture Luxembourgeoise

Article en Français

Entretien avec Maribel Casas, directrice du Luxembourg Center for Architecture (LUCA), à l’occasion de la première édition des Journées de l’Architecture Luxembourgeoise  qui se tiendra du 19 au 28 septembre 2025.

Maribel Casas © 2024 LUCA/Pancake Photographie

Quel constat a motivé la création des Journées de l’Architecture Luxembourgeoise (JAL) ?

Alors que nous sommes au quotidien entourés d’architecture, celle-ci reste une discipline que le grand public a plus de mal à approcher que d’autres disciplines artistiques. Pourtant, chacun a un rôle à jouer dans la manière dont se développe et évolue l’environnement bâti puisque les demandes des citoyens sont portées par les élus et qu’un bon projet d’architecture est souvent le fruit d’une collaboration réussie entre le client et son architecte. 

Cette première édition des Journées de l’Architecture Luxembourgeoise vise donc à rapprocher le grand public de l’architecture pour découvrir des projets innovants mais aussi des lieux patrimoniaux, aux côtés des professionnels qui contribuent chaque jour à donner forme à l’environnement bâti. 

Quelle approche de l’architecture et du patrimoine défendez-vous à l’occasion des Journées de l’Architecture Luxembourgeoise ?

Le thème choisi pour cette première édition « Travailler avec l’existant et construire durable », résume bien la vision que nous portons aujourd’hui sur l’architecture et le patrimoine. La préservation du bâti existant, qu’il ait ou non une valeur patrimoniale, est un sujet que nous défendons, notamment par le biais d’initiatives comme HouseEurope! [qui promeut pour des raisons écologiques la rénovation des bâtiments plutôt que leurs destructions, ndlr : cf. www.houseeurope.eu].

Ainsi, les visiteurs pourront découvrir de nombreux projets de reconversion d’édifices existants, mais aussi de nouveaux bâtiments qui dialoguent de manière harmonieuse avec leur environnement immédiat. L’Institut National pour le Patrimoine Architectural (INPA) propose aussi une sélection d’édifices classés qui ont été restaurés dans le respect de leur architecture et de leur histoire. Les jardins, bien qu’il fassent partie de l’environnement non-bâti, revêtent une grande importance dans la mesure où ils contribuent à la qualité de l’espace urbain en créant des îlots de fraîcheur et des refuges de biodiversité. 

Quel regard portez-vous sur l’architecture au Luxembourg ? Y a-t-il une spécificité luxembourgeoise dans ce domaine et, si c’est le cas, comment peut-elle se définir ou se caractériser ?

Jusqu’en 2017, il n’existait pas de formation universitaire dans le domaine de l’architecture au Luxembourg. Les jeunes luxembourgeois qui souhaitaient devenir architectes partaient se former intégralement à l’étranger (ce qui est encore le cas pour la formation initiale), principalement en Belgique, en Allemagne, en Autriche et en France. S’il y a donc une particularité au Luxembourg, c’est cette cohabitation de différentes cultures architecturales qui existe au sein des agences et qui se voit reflétée dans la production architecturale. 

Dans le même ordre d’idée, que peut selon vous l’architecture face au réchauffement climatique ?

L’architecture joue un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique, car le secteur de la construction est responsable de près de 40 % des émissions mondiales de CO2. Les architectes et tous les acteurs impliqués dans la création et la transformation de l’environnement bâti ont une grande responsabilité, qui se manifeste à différentes échelles : de la planification urbaine à la sélection des matériaux. La préservation des bâtiments existants est un levier souvent sous-estimé, en particulier lorsqu’on considère l’énergie grise, c’est-à-dire l’énergie utilisée pour produire un matériau, depuis l’extraction des ressources jusqu’à sa fin de vie. En évaluant de manière plus complète les projets de rénovation, les architectes peuvent ainsi contribuer de manière significative à la réduction des émissions.

De plus, il est essentiel de traiter le problème de l’étalement urbain et de l’imperméabilisation des sols, car ces phénomènes réduisent la capacité du sol à séquestrer le CO2 et amplifient les effets du réchauffement climatique. Le choix des matériaux revêt également une grande importance puisqu’il ne s’agit pas seulement de se tourner vers des matériaux biosourcés, et donc moins polluants, mais aussi de comprendre la manière dont ils sont extraits, transportés, transformés puis mis en œuvre. L’optimisation des ressources et la réduction des déchets peuvent aussi contribuer à diminuer l’empreinte écologique du secteur.

LUCA © 2022 LUCA/Steve Ginepri

Lors de cette édition, il est question notamment d’habitations durables. À l’heure où la transition écologique devient plus qu’urgente, y a-t-il des initiatives prometteuses qui émergent en ce moment ?

La question de la durabilité est complexe et doit être abordée de manière holistique. Il ne s’agit pas seulement de poser des panneaux photovoltaïques sur la toiture mais de considérer les différents aspects que j’ai déjà évoqués. Il est aussi difficile d’envisager la transition écologique sans considérer les inégalités sociales et spatiales. 

Parmi les projets d’habitat au programme cette année, il y a un projet en autopromotion porté par l’agence BalliniPitt dont les éléments de construction peuvent être démontés et recyclés. L’architecte Carine Oberweis ouvre également les portes de sa maison qui a été rénovée en privilégiant des matériaux biosourcés, bruts ou recyclés, dans un esprit de sobriété et de simplicité. 

Quels sont les lieux insolites que vous mettez en avant lors de cette édition ?

Beaucoup de lieux de cette édition sont insolites ! Et surtout, un bon nombre d’entre eux ne sont généralement pas ouverts au public, ce qui rend ces journées encore plus exceptionnelles. 

Beaucoup de partenaires prennent part à cette édition. Comment s’est déroulée l’organisation de cette première édition des Journées de l’Architecture Luxembourgeoise ?

Nous sommes très heureux que le ministère de la Culture, l’Ordre des Architectes et Ingénieurs-Conseils (OAI) et l’Institut National pour le Patrimoine Architectural (INPA) participent activement à ce projet. Le Luxembourg Center for Architecture (LUCA) en assure la coordination générale, en s’appuyant sur les relais de communication fournis par l’OAI ainsi que l’INPA. L’OAI joue un rôle clé en facilitant la diffusion de l’information et la promotion de l’événement, tandis que l’INPA a conçu un parcours de visites spécifiquement axé sur le patrimoine. 

En outre, chaque partenaire contribue à son niveau à la mise en œuvre des activités, qu’il s’agisse de l’organisation des visites, de la gestion des partenariats locaux ou de l’accompagnement des projets éducatifs liés à l’architecture. Cette collaboration entre les différents acteurs permet de faire des Journées de l’Architecture Luxembourgeoise un événement multidimensionnel et riche en découvertes pour le public.

Pour conclure, quel impact espérez-vous des Journées de l’architecture ? 

La programmation du LUCA s’adresse à la fois aux professionnels du secteur mais aussi au grand public. C’est avec cette ambition que nous proposons une programmation variée : des projections de films et documentaires, des visites guidées, des ateliers pour enfants, etc. Nous souhaitons développer et consolider une culture architecturale forte au Luxembourg, qui tienne compte des enjeux que posent les multiples crises que nous traversons aujourd’hui, qu’elles soient sociales, économiques ou écologiques. 


Les Journées de l’Architecture Luxembourgeoise, du 19 au 28 septembre 2025, www.journeesdelarchitecture.lu

 

Auteurs

Loïc Millot

Artistes

Mirabel Casas

Institutions

luca – Luxembourg Center for Architecture
Institut national pour le patrimoine architectural
Ministère de la Culture
Ordre des Architectes et Ingénieurs-Conseils

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