13 mar. 2026Lara Weiler
Enthousiaste. Discrète, juste ce qu’il faut. Talentueuse. Inventive. À travers ses œuvres, Lara Weiler choisit de tourner le regard vers ce qui semble insignifiant. Là où d’autres recherchent l’exceptionnel, elle observe le banal… et lui rend sa beauté. Par une attention minutieuse portée aux choses ordinaires, l’artiste propose une relecture intime des environnements familiers.
Entretien avec Lara Weiler dans le cadre de son exposition Peekaboo à la Valerius Gallery de Luxembourg.
Grand-mère qui dessine en silence à une époque où l’on ne devient pas artiste par choix. Père graphiste. Mère intuitive. Lara Weiler grandit au Luxembourg dans une maison où la créativité circule librement. Très tôt, elle dessine : sur le papier, sur les vitres embuées des voitures, dans la nature avec des pierres et des morceaux de bois. Ce n’est pas encore une vocation, mais c’est une évidence.
« Si tu te lances dans le dessin et que cela ne marche pas, tu pourras toujours revenir en arrière. Mais si tu n’essaies pas, tu vivras avec la frustration de ne jamais avoir tenté ». La phrase de son professeur fait mouche dans l’esprit de la jeune fille de 16 ans. Lara Weiler choisit d’essayer. Elle part à Sarrebruck, en Allemagne, pour suivre un Bachelor puis un Master en arts plastiques, formation qu’elle continue de parfaire aujourd’hui via le Meisterschüler, un parcours accompagné par un professeur universitaire, davantage orienté vers la professionnalisation que l’étude académique pure. Peinture et dessin deviennent rapidement son territoire.
De l’ombre à la lumière
« Les débuts d’un artiste sont complexes : il faut accepter de montrer des œuvres très personnelles et émotionnelles, sans pour autant savoir encore en parler ».
À ses débuts, Lara travaille sur l’aspect intime de son travail. Elle apprend progressivement à prendre du recul, à accepter la critique, à distinguer l’œuvre d’elle-même. Elle évoque aussi les moments rudes : lors d’un tournage universitaire, parmi trois artistes, le journaliste demande si « l’un des deux hommes » peut répondre aux questions. Unique femme au centre, elle se sent transparente. « À ce moment-là, je me suis demandé si j’allais devoir me battre pour exister. » Elle choisit de ne pas devenir plus bruyante, mais plus affirmée.
Son compte Instagram devient un portfolio vivant qui lui apporte une réelle visibilité. La Valerius Gallery la découvre. Sa première exposition ? Un succès : toutes ses œuvres sont vendues. Puis sa première participation au Concours d’Art Contemporain Luxembourgeois (CAL) en 2024, remportée presque par surprise. « Je n’imaginais même pas pouvoir gagner du premier coup », dit-elle encore avec un sourire étonné. L’artiste élargit son réseau, fait des rencontres et gagne en confiance. Son travail plaît.
Le quotidien comme thème central
Le travail de Lara Weiler s’ancre dans la simplicité : le quotidien. L’artiste parle même de « héros du quotidien » – non pas des figures spectaculaires, mais des objets ordinaires que nous ne regardons plus et dont la beauté devient imperceptible. Que racontent ces objets du quotidien ? Des histoires cachées. Une chaise tachée de peinture à l’atelier. Une pile de vêtements. Une accumulation d’objets domestiques.
Lara commence par peindre des chaises vides : montrer l’humain sans le représenter. Puis viennent les accumulations, « les piles », ces portraits indirects où l’identité affleure à travers les choses. Derrière chaque œuvre, une personnalité. Au milieu de ces éléments familiers, chacun peut se reconnaître. « Nous sommes entourés d’objets, mais nous ne les voyons plus ».
Dans Peekaboo [« Coucou » : jeu d’éveil joué avec les bébés], Lara Weiler explore la vie intime de nos possessions : des sacs ouverts laissant s’échapper leur contenu à la fameuse « chaise aux vêtements », surchargée de textiles et suspendue entre usage et abandon. Ces scènes domestiques, lues comme des sculptures du quotidien, sont à la fois ordinaires et absurdes. Elles deviennent des autoportraits involontaires, capturant des instants de chaos, d’habitude et d’identité. Sublimant le familier par un subtil déplacement du regard, Lara interroge notre rapport aux objets et à nous-mêmes. Il y a parfois une critique de la consommation, mais elle préfère que le spectateur la découvre seul. L’artiste aime revendiquer la liberté d’interprétation.
Techniquement, son travail oscille entre peinture et sculpture. Pour certaines de ses œuvres, « les sacs à main », elle découpe des supports en bois, tend la toile, construit le volume. Le geste est artisanal. Le résultat, hybride. La couleur, elle, est instinctive : elle la choisit comme on respire. Elle offre à celui qui regarde une première accroche, presque joyeuse, avant que le sens ne se déploie.
Une même philosophie
Aujourd’hui, Lara Weiler a fait le choix de vivre et travailler au Luxembourg. Celle qui aurait pu rester à l’étranger, choisit de revenir : « Je voulais essayer ici et apporter ma petite contribution à l’essor des artistes au Luxembourg. Et si je dois repartir un jour, je le ferai. » Toujours animée par cette même sagesse : tenter. Ses projets ? Plusieurs séries en parallèle. Le quotidien reste son point de départ : les objets, les traces, les accumulations. Ce qui semble banal et qui, soudain, mis en valeur devient miroir du beau.
En équilibrant intimité et distance, Lara Weiler transforme le désordre en réflexions silencieuses sur ce qui est négligé ou sous-estimé, nous invitant à reconsidérer les objets, les espaces et les routines qui façonnent nos vies. Dans un monde saturé d’images spectaculaires, la jeune artiste au regard bleu saphir choisit le détail. Et nous apprend à regarder autrement.
L’exposition Peekaboo de Lara Weiler est visible à la Valerius Gallery jusqu’au 21 mars 2026, www.valeriusgallery.com
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