Véronique Sacrez : l’âme du décor

25 nov. 2025
Véronique Sacrez : l’âme du décor

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Pour La Cache, le nouveau film de Lionel Baier, la cheffe décoratrice Véronique Sacrez a recréé l’atmosphère du lieu de vie de la famille Boltanski. Une approche sensible qui lui vaut une nomination au Lëtzebuerger Filmpräis dans la catégorie « Meilleure contribution créative dans une œuvre de fiction ou documentaire ».

Véronique Sacrez © Véronique Kolber | Red Lion

Adapter le roman de Christophe Boltanski en décor pour le film La Cache fut un nouveau défi pour Véronique Sacrez : comment restituer l’intimité d’un lieu sans trahir l’âme des personnages ? La cheffe décoratrice a choisi une approche fidèle à l’esprit du script, où le décor devait refléter la mémoire. « J’étais très enthousiaste à la lecture du scénario. Cette accumulation d’expériences et de générations qui s’entrechoquent m’a inspirée. » Elle imagine pour ce film une reconstitution évocatrice et joyeuse de la France de 1968. « Avec Lionel Baier, on a travaillé sur une approche qui installe une atmosphère, portée par un décor le plus juste possible », explique-t-elle. Pour la décoratrice, le décor est une manière de donner forme au monde intérieur des personnages. Elle privilégie une intuition sensible plutôt qu’une fidélité strictement réaliste, cherchant à révéler la psychologie des personnages à travers les lieux. « Il fallait aménager un cadre dans lequel chaque personnage a sa place et où le décor favorise leurs interactions. » 

Décor du film La cache © Véronique Kolber | Red Lion

Quand le décor raconte une vie

L’hôtel particulier retenu près de Grenelle, légèrement décati, a été remodelé avec soin. « Je ne voulais pas quelque chose de figé, de trop esthétique ou mode », précise Véronique Sacrez. Elle puise son inspiration dans les milieux intellectuels parisiens de l’époque, ces intérieurs d’écrivains où régnait « une effervescence d’écriture dans un milieu où tous les arts se confondaient ». Ce qui la touche immédiatement dans le scénario, c’est la « dimension de possessivité de la grand-mère envers sa famille », au sein d’un foyer où cohabitent un père médecin, une écrivaine, un linguiste et un futur plasticien. Cette possessivité maternelle coexiste pourtant avec une grande liberté d’expression, un paradoxe qui a particulièrement séduit Véronique Sacrez : « Cette combinaison de possessivité et de liberté à l’intérieur de cette famille m’a fait rêver. » La maison devait devenir une « seconde peau », un espace poreux entre l’intime et le visible : les détails, les fêlures et les craquelures reflétant la symbiose familiale. Chaque objet, chaque trace raconte une histoire : le lit central, « comme un bateau », devient le point d’ancrage autour duquel s’organisent les relations familiales. En bref, un décor conçu pour que les comédiens se sentent immédiatement dans leur rôle.

Sensible et rigoureuse, Véronique Sacrez cherche à concilier poésie et réalisme dans chacun de ses projets, attentive aux détails et à la psychologie des personnages. Dans La Cache, ses choix dépassent la simple reconstitution historique pour porter l’histoire de la famille Boltanski.


La Cache, un film de Lionel Baier avec Dominique Reymond, Michel Blanc (dans son dernier rôle), produit par Red Lion.

Synopsis : En mai 1968, un jeune garçon, Christophe, vit avec ses grands-parents et d’autres membres de sa famille dans une grande maison pleine de secrets. Tous gravitent autour d’une mystérieuse « cache », lieu symbolique où se concentrent mémoire et non-dits familiaux. À travers le regard de l’enfant émergent peu à peu des récits de peur, d’amour et de transmission.

Auteurs

Isabelle Debuchy

Artistes

Véronique Sacrez
Lionel Baier
Christophe Boltanski