La Bataille des sièges

05 mai. 2026
La Bataille des sièges

Article en Français

En avant-première mondiale, Europe : la bataille des sièges de Donato Rotunno sera projeté sous la forme d’un ciné-concert à la Philharmonie de Luxembourg, le 9 mai. 

Lauréat du Prix CinEuro 2024, le documentaire retrace les négociations, rivalités diplomatiques et compromis successifs qui ont façonné la répartition des sièges des institutions européennes entre Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg. 

Le réalisateur Donato Rotunno apporte un éclairage sur ce documentaire.

Europe: La Bataille des sièges © Tarantula 

Comment est né ce projet de documentaire autour de la bataille des sièges en Europe ?

Donato Rotunno : Ce projet est venu à moi par l’intermédiaire de Christian Monzinger, un producteur français avec lequel j’avais déjà travaillé, ainsi que d’Alexis Metzinger, le co-auteur du documentaire. Christian m’a parlé de cette idée de raconter la rivalité permanente entre plusieurs villes européennes autour du siège des institutions : Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg, les enjeux de souveraineté, d’équilibre territorial et d’identité européenne. Je me suis intéressé au projet assez naturellement, parce que l’Europe fait partie de mon histoire : je suis né à Luxembourg de parents italiens, j’ai fréquenté l’École européenne en section allemande, et l’histoire européenne a toujours accompagné mon parcours.

Comment avez-vous abordé le documentaire ? 

J’ai parcouru près de 70 ans d’archives et de communication télévisuelle autour de cette question. Très vite, j’ai trouvé le sujet fascinant, ce qui m’a permis d’imaginer ce film presque comme un thriller, avec une approche très visuelle.

Au-delà du scénario, que révèle cette « bataille des sièges » sur l’Union européenne ?

Ce qui m’intéressait surtout, c’était de montrer comment cette « bataille des sièges » s’inscrivait dans la grande histoire de la construction européenne, et comment elle en révèle les tensions, le fonctionnement, ainsi que les petits coups bas que les nations européennes n’ont pas manqué de se donner autour de la construction d’une Europe de plus en plus élargie. C’est un film à dimension historique, qui résonne aussi et toujours avec l’Europe d’aujourd’hui.

Comment le titre a-t-il été choisi ? 

Ce n’est pas moi qui l’ai choisi. « La bataille des sièges » est une expression qui a été utilisée par les journalistes depuis des décennies. On la retrouve dans de nombreux journaux télévisés en France, en Belgique, au Luxembourg et ailleurs en Europe. Il faut savoir qu’au départ, d’autres villes étaient également envisagées, comme Nice, Turin ou Paris. Ce titre renvoie à une longue histoire, faite de multiples négociations nocturnes autour de la répartition des sièges des institutions européennes entre plusieurs villes. Je me suis dit que je pouvais le construire comme un thriller, avec ses rivalités et ses coups tactiques entre les différents acteurs. Cette expression reflète la discussion permanente, au fil des années, sur l’implantation des institutions européennes.

Au-delà de la question des sièges, quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’Union européenne ?

L’Europe est une famille élargie qui est passée de six à 27 pays. Comme toute famille, elle connaît des tensions, des affinités différentes, des désaccords. Mais elle reste une famille à laquelle on choisit d’appartenir et de s’unifier autour de valeurs communes. Malgré les difficultés, beaucoup a été accompli en 70 ans. L’Europe a permis d’éviter des conflits, de traverser des crises et de préserver une certaine unité dans la diversité. C’est, à mes yeux, une idée forte et toujours pertinente, peut-être l’une des dernières grandes idées internationales.

Votre film porte-t-il un regard optimiste sur l’Union européenne ?

Le documentaire se termine sur une forme d’optimisme, ou plutôt sur une envie d’y croire, mais il y a aussi une certaine mélancolie. Je pense notamment aux femmes et aux hommes qui ont porté le projet européen après les désastres de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont dû dépasser des blessures profondes pour construire quelque chose en commun. Aujourd’hui, nous bénéficions de cet héritage, sans en mesurer parfois pleinement les efforts.

Colette Flesch, Europe: La Bataille des sièges © Tarantula 

Parmi les interviews du film, celle de Colette Flesch est marquante. Qu’illustre-t-elle ?

Colette Flesch était une Européenne convaincue. Au moment du tournage, malgré son grand âge, elle nous a offert un témoignage émouvant. Elle rappelait notamment que, oui, il y avait des contestations, des expropriations, mais qu’il fallait le faire, car la valeur européenne était plus importante que des intérêts locaux. Il fallait parfois transgresser ses propres peurs pour construire quelque chose de plus grand. Elle faisait partie de ces femmes et de ces hommes qui ont porté l’idée d’une Europe fondée sur des principes éthiques, honnêtes et sereins et cette volonté d’adhérer à ce projet de communauté européenne.

Quel rôle la musique joue-t-elle dans ce projet présenté en ciné-concert ?

La musique est née avant les images. Dès le départ, j’imaginais une ambiance inspirée des années 1950, avec une esthétique proche du film noir et une tonalité jazz. J’ai proposé cette approche à Pascal Schumacher, puis nous nous sommes revus en studio pour retravailler la musique et l’adapter aux images. L’idée a toujours été de proposer une avant-première sous forme de ciné-concert. Pour une fois, j’ai donc construit le film à partir de cet univers musical initial, ce qui a influencé la dramaturgie, le choix des archives et le rythme du montage.

En quoi le hasard devient-il un moteur narratif du film ?

Il joue un rôle important. Parfois, une décision prise dans un moment presque imprévu peut avoir des conséquences durables. On peut penser notamment à cette nuit où Joseph Bech a proposé que le Grand-Duché de Luxembourg accueille le siège provisoire de la Haute Autorité de la CECA dans un contexte où les discussions n’aboutissaient pas. De ce type de circonstances est née une dynamique qui a marqué durablement notre pays. Europe : la bataille des sièges restitue une histoire avec le plus de justesse possible, sans prise de position, et c’est précisément ce qui lui donne, je pense, un côté intemporel, puisqu’il ne s’ancre pas dans l’actualité immédiate.

Comment résumeriez-vous le film pour donner envie au public de le découvrir ?

Luxembourg serait-il ce qu’il est aujourd’hui sans la bataille des sièges ? Cette question simple peut susciter la curiosité. Le film évoque ces décisions, prises parfois dans des contextes incertains et qui ont façonné l’histoire européenne. Il met en lumière le rôle des individus, des rencontres et des choix politiques dans la construction de l’Europe.

Travaillez-vous déjà sur d’autres projets ?

Oui, je vais me replonger dans un autre documentaire, car j’ai envie de continuer à utiliser cette forme narrative, qui permet des développements plus courts que ceux de la fiction et d’aboutir plus rapidement à une idée. Je poursuis ma collaboration avec Caroline Mart, et nous allons démarrer ensemble un nouveau projet cet été.


Europe : la bataille des sièges sera projeté en ciné-concert le 9 mai 2026 à 18h30 à la Philharmonie de Luxembourg, avec la musique originale de Pascal Schumacher interprétée en live par le Singülar Orchestra. En salles le 13 mai.

Auteurs

Isabelle Debuchy

Artistes

Donato Rotunno
Christian Metzinger
Alexis Metzinger
Pascal Schumacher

Institutions

Philharmonie Luxembourg
Tarantula Luxembourg

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