Eugénie Anselin

17 déc. 2025
Eugénie Anselin

Article en Français
 Portrait : Antoine de Saint Phalle

Pour commencer cet entretien, Eugénie Anselin, pouvez-vous nous présenter votre parcours dans les grandes lignes? Vous avez notamment suivi la Zürcher Hochschule der Künste de Zurich (Suisse). Qu'est-ce que cette formation vous a apporté dans votre pratique d'actrice?

J'ai commencé le théâtre à quatorze ans en suivant des cours d'art dramatique et de diction au Conservatoire de Luxembourg avec Myriam Muller, Marja-Leena Junker et Michèle Clees. Mon baccalauréat en poche, j'ai ensuite été admise à la Zürcher Hochschule der Künste, à Zurich, où j'ai été formée pendant cinq années jusqu'à l'obtention de mon Master of Arts. Je voulais en effet poursuivre mes études de théâtre en allemand pour continuer à perfectionner cette langue et pouvoir jouer avec la même aisance qu'en français, qui est ma langue maternelle. 

Le Conservatoire de Zurich est une école qui encourage ses élèves à découvrir et à cultiver leur individualité. Tout au long de notre formation, nos professeurs nous ont transmis des outils et enseigné des techniques pour incarner le plus justement et librement possible les rôles de différents répertoires. Nous apprenons ainsi à explorer notre corps, notre voix, nos émotions, l'écoute, la curiosité... Et nous apprenons à nous connaître en tant qu'acteur·rice et en tant qu'être humain aussi.

Quels sont vos goûts cinématographiques, les films que vous aimez voir en tant que spectatrice? Et en tant qu'actrice, y a-t-il un ou plusieurs réalisateurs avec lesquels vous aimeriez un jour jouer?

J'avoue que lorsque je m'installe dans une grande salle obscure, c'est souvent pour y découvrir un film de cinéma d'auteur de diverses origines : le cinéma scandinave, iranien, coréen, belge, luxembourgeois... Il y a tant de réalisateur·rices dont j'admire l'univers et avec lesquel·les je rêverais de travailler : Céline Sciamma, Jane Campion, Joachim Trier notamment, parmi tant d'autres...

Votre filmographie, déjà volumineuse, est partagée entre comédies et rôles plus dramatiques comme par exemple Lost Transport. Cela implique deux façons de jouer très différentes, mais aussi un rapport au public et à l'identification des personnages très différent. Quel regard portez-vous sur ces deux formes d'expression?

J'ai commencé le cinéma à douze ans en interprétant une jeune fille mourante (dans le court-métrage Trinity de Fred Neuen). Puis je suis montée sur les planches avec mon one-woman-show Attention chantier en cours. Soit deux univers à l'opposé l'un de l'autre !

Depuis, je n'ai cessé de naviguer entre le drame et la comédie. Je me sens à l'aise dans les deux registres et j'ai la chance de ne jamais avoir été enfermée dans une « case ». C'est dommage d'ailleurs, ce besoin qu'on a souvent de vouloir catégoriser les comédien·nes : comique ou dramatique. Du point de vue du jeu, il n'y a finalement pas de grandes différences. Quand on joue, quand on incarne un personnage, on y croit pleinement, on lui prête son corps, sa voix, ses émotions. C'est surtout la situation et le montage qui font ensuite d'un film une comédie ou un drame.

À la poursuite du Père Noël © Les films sur mesure

Prochainement sortira au Luxembourg À la poursuite du Père Noël, dont Bidibul Productions est coproducteur. Comment s'est déroulée votre collaboration avec le réalisateur James Huth pour l'élaboration de votre personnage?

Ce film est une comédie familiale, un conte de Noël que le réalisateur a toujours voulu plein de chaleur et d'humanité. Un pari qu'il a tenu aussi bien dans le film fini que vous allez découvrir en salle, que durant le tournage. Travailler avec James Huth a été un vrai bonheur : il est resté un grand enfant, déborde d'imagination et ne se laisse jamais décourager. Dès notre première rencontre lors du casting, le courant est passé. Je correspondais exactement au tempérament qu'il avait imaginé pour le rôle de Diane, il m'a fait entièrement confiance pour créer ce personnage, ce qui est très précieux.

Pouvez-vous évoquer la direction d'acteur sur ce film? James Huth laissait-il place à l'improvisation ou tout était-il rigoureusement écrit et appliqué à la lettre?

En effet, le scénario a été longuement pensé et les scènes rigoureusement écrites. C'est généralement le cas, en particulier pour les comédies. On pourrait imaginer que la spontanéité des dialogues et des situations naît de l'improvisation, mais c'est plus souvent une question de rythme, rigoureusement étudié comme une partition musicale, qui donne ensuite cette sensation de liberté. Cela dit, James Huth restait toujours à notre écoute lors du tournage et se montrait prêt à modifier certains dialogues pour que nous puissions mieux nous les approprier. Il y a eu quelques moments improvisés, mais il s'agissait plutôt de moments non verbaux que nous avons créés sur le plateau.

Pouvez-vous nous parler du personnage que vous incarnez et de la façon dont vous avez préparé votre rôle?

Je joue Diane, la maman de Zoé. C'est une femme indépendante, courageuse et très aimante. Elle est débordée par son travail – son patron lui en demande toujours plus – mais c'est aussi ce qui lui permet d'assurer le quotidien avec sa fille qu'elle élève seule. Lorsqu'elle apprend que Zoé est harcelée, elle est prête à tout pour la défendre. En interprétant ce rôle, je me suis rendu compte, étant moi-même maman, à quel point protéger son enfant est une tâche difficile : trouver le juste équilibre entre la sécurité et la liberté qu'on veut lui offrir.

À la poursuite du Père Noël © Les films sur mesure

Dans ce film, vous jouez aux côtés d'acteurs confirmés comme Patrick Timsit et Isabelle Nanty, mais aussi aux côtés de la jeune Thea de Boeck. Comment s'est passé le tournage?

C'est d'abord un honneur de pouvoir partager le plateau avec des acteur·rices d'une telle envergure. Je suis toujours un peu impressionnée lors de la première rencontre, mais très vite, je me suis sentie à l'aise à leurs côtés grâce à leur générosité, devant comme derrière la caméra. Le jeu avec Thea s'est fait si naturellement ! Nous avions l'impression de nous connaître depuis toujours, l'alchimie entre nous a opéré immédiatement, c'était magique ! Nous n'avions pas du tout l'impression de devoir jouer !

Avez-vous des projets cinématographiques que vous souhaiteriez évoquer pour conclure cet entretien ou un mot pour le public qui s'apprête à découvrir À la poursuite du Père Noël?

Pour les lecteurs « théâtreux » parmi vous, je jouerai au Théâtre du Centaure en mars prochain dans la pièce EX mise en scène par Antoine de Saint Phalle. C'est un huis clos intense et satirique sur un triangle amoureux pris dans un tourbillon d'humiliations et de révélations. Nous allons nous régaler ! 

Et un mot pour ceux qui vont découvrir le film au cinéma : replongez en enfance et laissez-vous porter par la douceur, l'humour et l'humanité de ce conte, trois ingrédients qui nous feront du bien à toutes et tous en cette fin d'année !


À la poursuite du Père Noël de James Huth (2025, France-Luxembourg-Belgique, 85 min.), avec Patrick Timsit, Isabelle Nanty, Thea de Boeck et Eugénie Anselin, sortira dans les salles luxembourgeoises le 24 décembre 2025.

Un film coproduit par Bidibul Productions et Les Films sur mesure (FR), SND (France), Umedia (Belgique).

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