Dans les coulisses de Stitch Head

16 déc. 2025
Dans les coulisses de Stitch Head

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Stéphane Lecocq et Mark Mertens travaillent pour La Fabrique d'Images, le studio derrière le film Stitch Head, qui sort en salles le 17 décembre dans sa version française. Le film retrace l'histoire du tout premier monstre créé par un savant fou : délaissé par son créateur, Stitch Head veille sur le château et ses habitants monstrueux, jusqu'au jour où le directeur d'un « freak show » ambulant lui promet enfin la gloire et la reconnaissance dont il rêve.

Rencontre avec Mark Mertens, coproducteur, et Stéphane Lecocq, directeur artistique.

Stitch Head © 2025 Gringo Films, Fabrique d'Images, Senator Film Produktion, Traumhaus Studios, Mia Wallace Productions, Senator Film Köln

Stitch Head a remporté le prix du meilleur long métrage d'animation en coproduction lors du 11ᵉ Lëtzebuerger Filmpräis. C'est une distinction remarquée, que signifie cette récompense pour vous?

Stéphane Lecocq : Je suis vraiment très content, d'autant plus que c'est la première fois que je reçois un prix. Après toutes ces années de travail acharné sur ce film, c'est en quelque sorte la récompense de nos efforts. Recevoir une reconnaissance, surtout de la part de ses pairs, fait vraiment plaisir, et, soyons honnêtes, cela fait aussi un peu plaisir à l'ego.

Mark Mertens : C'était le plus grand projet que nous ayons porté ici. Nous en sommes très fiers. Et c'est même la première fois que ma famille me dit qu'elle ira voir un film sur lequel j'ai travaillé. On sent que cela a touché un peu plus de gens que d'habitude.

Stephane Lecocq, directeur artistique © Fabrique d'Images

Ce film est une adaptation des livres de Guy Bass. Quels éléments de l'univers étaient, selon vous, essentiels à préserver?

Stéphane Lecocq : J'ai surtout veillé à l'aspect graphique. Steve Hudson, le réalisateur, a joué un rôle essentiel : il tenait à conserver un style « cartoon », assez fin. Il voulait atteindre les standards américains du cinéma d'animation fantastique tout en préservant absolument ce côté enfantin et naïf du personnage de Stitch Head. Au final, nous sommes restés très fidèles au dessin original, avec ces jambes très fines, ces membres délicats et le petit pyjama noir et rouge.

Était-ce pour préserver cette part universelle du personnage?

Stéphane Lecocq : Avec les monstres, le défi est toujours de réussir à les rendre assez attachants, même lorsqu'ils restent… des monstres. Stitch Head, cet enfant recousu, est un personnage solitaire et mélancolique, et nous voulions qu'il soit touchant. Nous avons donc cherché à lisser légèrement son apparence, sans aller vers un style trop marqué, comme celui de Tim Burton.

Mark Mertens : Nous faisions un film destiné à être distribué largement. Avec ces contraintes et nos ambitions, je trouve que le résultat est franchement très réussi.

Mark Mertens, coproducteur © Fabrique d'Images

Comment avez-vous fait pour garder le côté merveilleux d'un film sorti pendant la période d'Halloween?

Mark Mertens : Nous avons choisi la période d'Halloween pour la sortie : idéale pour un univers peuplé de monstres… mais de monstres gentils. Le budget était important, mais le film reste une production européenne ; il fallait aussi éviter de concurrencer les grandes sorties de Noël. L'esprit d'Halloween, déjà très présent dans le récit, aidait naturellement à préserver ce côté magique.

Stéphane Lecocq : Nous nous appuyons sur des thèmes classiques : les sentiments, les enjeux émotionnels. Ce sont des repères auxquels le public peut s'identifier. Visuellement, nous avons voulu conserver une dimension féerique avec des couleurs vives, tandis que les villageois restent plus ternes. L'arrivée d'un cirque dans le village apporte la lumière et une touche de magie dans leur monde.

Cinq pays ont travaillé sur ce film. Quel a été le rôle de La Fabrique d'Images?

Stéphane Lecocq : Nous avons réalisé toute la préproduction : la création de l'univers, la texture des personnages, la modélisation, le rigging (installation du squelette pour l'animation), puis le « lighting » jusqu'au « lustre final » sur chaque séquence.

Mark Mertens : C'était un vrai tournant. Les exigences de qualité étaient plus élevées que d'habitude et le budget plus important. C'est un pas en avant énorme pour le studio.

Comment avez-vous collaboré avec Steve Hudson pour concilier toutes ses ambitions artistiques?

Stéphane Lecocq : Au quotidien, je travaillais directement avec Steve Hudson. Nous échangions constamment. Déplacer un objet dans l'image, par exemple, demande bien plus qu'un simple déplacement suivi d'un nouveau tournage du plan.

Stitch Head © 2025 Gringo Films, Fabrique d'Images, Senator Film Produktion, Traumhaus Studios, Mia Wallace Productions, Senator Film Köln

Comment garder l'humour et les décalages dans ce film, tout en conservant une cohérence visuelle?

Stéphane Lecocq : Les scènes d'humour ont été très millimétrées, avec un léger côté « Monty Python ». Le film propose une double lecture : certains gags s'adressent aux adultes, d'autres aux enfants. Nous avons mélangé des références diverses. L'univers est un peu macabre, inspiré des films des années 1950 et de l'imaginaire «Frankenstein », tout en restant accessible aux plus jeunes. Nous nous sommes éloignés du style de Tim Burton, même si ses influences restent perceptibles.

Vous êtes-vous appuyés sur les nouvelles technologies?

Mark Mertens : Le film a été réalisé avant la grande vague des nouvelles technologies. Dès qu'on démarre un projet, la technologie est déjà choisie… et dans ce cas-ci, elle l'avait été il y a cinq ans. On ne la change pas en cours de route.

Stéphane Lecocq : Nous utiliserons peut-être l'IA un jour, notamment en préproduction pour créer des objets par exemple, mais pas pour remplacer les dessinateurs ou le travail artistique, ce serait se tirer une balle dans le pied. Gagner du temps, oui, mais tout faire grâce à l'IA n'est pas possible, il y a trop de facteurs aléatoires.

Vous avez sorti un jeu mobile promotionnel, pouvez-vous m'en dire plus?

Mark Mertens : Oui, c'est un projet plutôt publicitaire, mais il nous a permis de tester comment produire un jeu mobile et avec qui collaborer. Nous l'avons développé avec nos propres moyens, ce qui ouvre des perspectives pour l'avenir.

Stéphane Lecocq : Artistiquement, nous sommes partis de la même base que pour le film. La mécanique de jeu reste un métier à part entière, très différent de celui de l'animation.

Quels sont vos projets à venir?

Mark Mertens : Notre prochain film, Spike, raconte l'histoire d'une jeune hérissonne intrépide, embarquée malgré elle dans le délire légendaire d'un lapin qui se croit guerrier. Il sortira à Pâques 2026 et est presque entièrement réalisé par une équipe luxembourgeoise. Parallèlement, nous travaillons déjà sur deux autres films, dont Dudley and The Invasion of The Space Slugs.


Stitch Head de Steve Hudson et Toby Genkel, coproduit par La Fabrique d'Images et distribué par Tarantula, sort en salles le 17 décembre dans sa version française. 

Il est disponible en VO anglaise et en doublage luxembourgeois sous le titre Bitzbouf.

 

Auteurs

Isabelle Debuchy

Artistes

Stéphane Lecocq
Mark Mertens

Institutions

La Fabrique d'Images

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