19 nov. 2025De Mains de Maîtres
Photo: Laure Mackel © Melt Studio
Pour sa cinquième édition, la Biennale De Mains De Maîtres place la création artisanale sous le signe d’Une Nature singulière, explorant la manière dont les métiers d’art dialoguent aujourd’hui avec la nature primordiale. L’événement, qui réunit tous les deux ans une constellation de savoir-faire – arts du feu, travail du métal, couture, ébénisterie ou textile –, met en lumière des pratiques qui proposent une réflexion sur l’équilibre entre création, matière et environnement. Des artisans, capables de transformer la matière brute en objet précieux ou en œuvres d’art, grâce à la minutie, la patience et un sens aigu du détail. Dans un monde marqué par la rapidité, ces artisans revendiquent un autre rythme qui s’inscrit dans la durée, en résistance à l’urgence contemporaine. Artistes verriers et textiles, sculptrices… les créatrices représentées cette année donnent à voir des savoir-faire exceptionnels.
Monique Wolter : un nid de verre suspendu
Depuis 2014, la verrière luxembourgeoise Monique Wolter explore le verre comme matière expressive. Formée auprès de maîtres internationaux, elle a affiné un langage plastique mêlant thermoformage et pâte de verre. Pour cette édition, elle dévoile Verfolia, une installation poétique composée d’une centaine de feuilles moulées à partir de véritables feuilles de saule. Suspendue tel un nid fragile, l’œuvre oscille entre naturel et artificiel, faisant du verre une métaphore de la vulnérabilité du vivant.
Louise Aimard : quand la broderie devient sculpture
Installée au 1535° Creative Hub de Differdange, Louise Aimard revisite la technique du crochet de Lunéville pour transformer la broderie en geste sculptural. Sequins, perles et paillettes quittent la surface textile pour explorer une nouvelle dimension. Manipulables et réversibles, ses pièces rappellent des textures organiques, telles que les écorces et mousses, qui sollicitent le toucher autant que le regard, jouant des dissonances visuelles pour questionner notre rapport au vivant.
Pascale Pleimling-Putz : architectures de lin
Plasticienne textile, Pascale Pleimling-Putz développe une pratique nourrie de lenteur et de mémoire des gestes. En lien avec la thématique « Nature singulière », elle présente deux sculptures en cordes de lin, réalisées selon la technique ancestrale du «coiling», typique de la vannerie spiralée. Leurs formes abstraites évoquent des coquilles ou des coraux. Dans ce travail méditatif, la répétition du geste est un retour à l’essentiel : la matière, la main et les formes.
Laure Mackel : la poésie du papier mâché
Laure Mackel présente une série de vases en papier mâché, un matériau humble issu de la récupération, transformé en objet précieux qui apporte une touche de poésie et de légèreté. Héritée d’une tradition chinoise puis adoptée par l’Italie au XVIIᵉ siècle, cette technique devient sous ses doigts un terrain d’expérimentation illimité. Après les croquis et les maquettes, des structures en fil d’acier sont recouvertes de vingt couches de papier superposées, séchées avec patience. Le résultat : des pièces légères, solides et d’une grande finesse. Son univers, à la fois onirique et accessible, infuse dans toutes ses créations, et notamment dans ces vases qui racontent «une histoire de fragilité et de résilience, de transformation et de permanence».
Florence Hoffmann : la singularité humaine
Florence Hoffmann explique sa démarche artistique ainsi : «Ma série Homo Libri – ce que je lis me construit –, s’inscrit dans la thématique Nature singulière et explore comment chaque individu se façonne à partir de son univers intérieur. J’utilise de véritables livres récupérés, chargés de récits personnels et collectifs, que je transforme en silhouettes humaines. Chaque sculpture matérialise l’idée que notre nature unique se construit à partir des mots que nous lisons et des expériences que nous assimilons. En mêlant recyclage, mémoire matérielle et construction identitaire, Homo Libri interroge la singularité humaine tout en soulignant notre capacité à renaître et à donner un sens nouveau à ce qui semblait voué à disparaître.»
Marie-Isabelle Callier : une roseraie mobile
Renommée pour ses paravents, Marie-Isabelle Callier réinvente cet objet longtemps cantonné à un simple rôle fonctionnel et lui redonne ses lettres de noblesse en les transformant en véritables tableaux. Légers, modulables, mobiles, ces paravents deviennent un vrai support d’expression : ils structurent l’espace sans l’enfermer, le composent sans le figer. Dans le cadre de la thématique Nature singulière, Marie-Isabelle Callier a souhaité recréer une roseraie aux multiples variétés et nuances, en hommage aux célèbres roses du Luxembourg de la Belle Époque, célébrant ainsi la singularité de ce patrimoine exceptionnel. Elle s’est inspirée de l’Art déco, en citant «ses courbes caractéristiques et en faisant graver le bois en continuité du motif, afin de créer une harmonie de l’objet ».
Une édition ouverte sur l’Europe
Invitée d’honneur de cette édition, la Tchéquie présente une installation issue d’une forge artisanale de Slavonice, illustrant la porosité croissante entre artisanat et art contemporain. Autour du la biennale, un parcours «Hors les murs» prolonge l’événement dans plusieurs musées et galeries du pays.
Avec De Mains De Maîtres, le Grand-Duché réaffirme son soutien aux artisanes et artisans qui consacrent leur vie à l’excellence du geste, là où se rejoignent maîtrise, beauté et exigence.
La cinquième édition de la biennale De Mains De Maîtres a lieu du 20 au 23 novembre 2025 à Luxembourg, au 19, avenue de la Liberté, www.demainsdemaitres.lu
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