17 mar. 2026Igshaan Adams
Entre féérie et récit, les compositions d'Igshaan Adams, artiste sud-africain, sont des accords subtils entre art textile, sculpture et performance dans un seul et même environnement immersif.
Sur plus de 1 000 m² au Mudam, l'exposition hors norme – la plus importante à ce jour –, met en valeur une œuvre profondément ancrée dans l'histoire personnelle de l'artiste, sur fond de contexte social de l'Afrique du Sud postapartheid.
Décryptage avec Florence Ostende, cheffe du département artistique du Mudam et commissaire de l'exposition.
En transformant des matériaux ordinaires – perles, chaînes, cordes, tissu – en compositions tissées pour créer sculptures et tapisseries, Igshaan Adams traduit ses réalités sociales et son environnement. Des questions raciales, sexuelles et religieuses qui persistent aujourd'hui. Le tissage? Il est semblable à la cartographie de sa vie.
À ses débuts, jardinier puis peintre, c'est en s'engageant pour une ONG, où sa mère travaillait, qu'Igshaan Adams découvre l'art du tissage, tout en apprenant les rudiments artisanaux.
« Ce point est essentiel : il a toujours revendiqué le choix de ne pas suivre de formation technique académique », explique Florence Ostende, « Igshaan Adams a volontairement choisi de "ne pas savoir" pour trouver ses propres chemins et avancer par intuition. » Dans une discipline pourtant très technique comme le tissage, l'artiste a voulu préserver une liberté radicale.
Cet affranchissement recherché est totalement perceptible dans l'exposition. Notamment dans le long couloir qui se présente comme une chronologie de son œuvre. Au début, les cordages, fils et rubans sont ordonnés, presque quadrillés. Puis progressivement, les lignes se brisent, deviennent obliques, organiques. La matière s'épaissit, s'enrichit de pierres et d'autres matériaux. Les couleurs se densifient, travaillées presque comme de la peinture. Les visiteur·euse·s évoluent à leur rythme, invité·e·s à toucher les textiles pour se plonger dans l'atmosphère de l'atelier. Chaque échantillon présenté témoigne du processus de création, saluant tous les artisans de l'entourage de l'artiste, « sa communauté », qui ont contribué à ce travail.
Impressions dansées
Si l'intérêt d'Adams pour le tissage remonte à son enfance et à son goût pour les paniers tissés que collectionne sa famille, son œuvre est bien plus vaste. «Pour la première fois dans un musée, il expose à grande échelle ses impressions dansées. Des empreintes réalisées à partir de corps de danseurs qui posent leurs traces dans la peinture», souligne la commissaire de l'exposition.
Tels des enregistrements sur la toile de libres mouvements des danseur·euse·s. Par transfert de peinture, mains et pieds composent les formes abstraites d'une chorégraphie silencieuse et libératrice. Ces immenses pans de tissus peints, ultra colorés, accrochés au plafond, permettent à l'imagination des visiteur·euse·s de vagabonder. Ces empreintes deviennent ensuite les patrons d'immenses tapisseries colorées et scintillantes – les contours des formes sont littéralement issus de corps en mouvement.
«C'est en découvrant ces peintures gigantesques dans son atelier, véritables œuvres à part entière, que l'idée est née de créer une immense salle, presque une forêt, pour donner vie à ces impressions.» Si elles ont déjà été montrées à Athènes dans un contexte de multiples performances, c'est la première fois que ces « impressions de danse » saisissantes sont déployées dans un environnement aussi monumental que l'espace du Mudam. Une installation multicolore inédite qui explore les capacités du corps à retenir ou à libérer les traumas, traduisant l'intérêt de l'artiste pour les traces que certaines expériences peuvent laisser.
Le toucher au cœur de l'œuvre
Au cœur de l'œuvre d'Igshaan Adams : le toucher. « Dans l'histoire des musées, ce sens a été presque censuré : on regarde, on admire, mais on ne touche pas », explique Florence Ostende. Ici, le désir de contact devient partie intégrante de l'expérience. Il rejoint le mouvement, la danse, les lignes de désir, les marches dans l'espace urbain ségrégué du Cap. L'exposition d'Igshaan Adams devient un médium vivant : les visiteur·euse·s ne sont pas assis face à une œuvre. Ils se déplacent, regardent avec les yeux et les mains, et ressentent l'évolution et l'émotion des créations.
Autre dimension essentielle dans le travail de l'artiste : la spiritualité. « Son père était musulman, sa mère chrétienne. Mais c'est sa rencontre avec le soufisme, guidée par un mentor, qui marque profondément son travail. » Le soufisme, par la répétition du geste, le souffle, le rituel, rejoint naturellement l'acte du tissage. Selon Adams, il devient méditation. Un état de conscience qui lui procure un apaisement total.
Cette exposition marque un moment charnière dans sa carrière : c'est la plus vaste jamais consacrée à son travail. Elle agit presque comme une mini-rétrospective, révélant des facettes méconnues de son œuvre, notamment ces impressions dansées. Également invité à créer un immense nuage doré dans le foyer – une pièce singulière évoquant les prières non exaucées –, Igshaan Adams poursuit son travail sur la métaphore poétique du nuage. Totalement symboliques, les nuages, qui se composent de perles et d'objets suspendus intégrés à l'œuvre, flottent dans l'espace. Portant à la fois la trace du mouvement et le rituel de jours. Telles des formes aériennes et subtiles, suspendues entre espoir et incertitude.
Pour le découvrir, une seule option : rendez-vous dans ce magnifique écrin du Mudam !
L’exposition Between Then and Now d’Igshaan Adams est visible jusqu’au 23 août 2026 au Mudam, www.mudam.com
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